Phèdre (1880) appartient à la dernière période d’Alexandre Cabanel. Inspiré de la mythologie grecque, ce tableau révèle sa maîtrise de la figure humaine et de la mise en scène dramatique.
Introduction
Le tableau s’inspire d’un drame grec. Cabanel connaissait bien la culture antique, souvent présente dans son œuvre. Il avait étudié ces thèmes à Paris puis approfondi sa formation durant un séjour en Italie.
Reconnu pour la précision et la beauté de ses figures, Cabanel représente ici Phèdre allongée sur des draps blancs qui se détachent d’un fond sombre. Les deux femmes voisines portent des vêtements plus foncés : notre regard se porte d’abord sur la figure principale.
Certains critiques ont estimé que les peintres académiques utilisaient les sujets antiques pour rendre la nudité acceptable aux yeux d’un public conservateur. Quelle que soit la part de vérité de cette lecture, Phèdre reste l’une des peintures majeures de Cabanel.
Cabanel demeura fidèle à l’art académique, mêlant à sa formation parisienne des éléments néoclassiques et romantiques. Dans ses dernières années, il expérimenta aussi des influences orientalistes, visibles dans Phèdre.
Ses élèves l’encouragèrent peut-être à chercher de nouvelles idées. Il entretenait avec beaucoup d’entre eux des relations proches et ne leur imposait pas toujours son propre style. Phèdre compte aujourd’hui parmi ses œuvres les plus connues, avec La Naissance de Vénus et L’Ange déchu.
Nous examinons le tableau, son accueil critique, les œuvres qui ont pu l’inspirer et sa place dans la carrière de Cabanel. Les dimensions et le lieu où il est conservé sont également indiqués pour ceux qui souhaitent le voir.
Table des matières
- Introduction
- Contexte
- Description
- Analyse
- Dimensions et technique
- Lieu de conservation
- Image haute résolution de Phèdre
Contexte
Phèdre, princesse de Crète dans la mythologie grecque, est au centre d’un récit tragique. Une pièce d’Euripide a probablement inspiré Cabanel : l’amour non partagé de Phèdre y mène au désespoir que semble exprimer le tableau.
Cabanel étudia l’histoire classique à l’École des Beaux-Arts de Paris et approfondit aussi sa connaissance de l’art italien à Rome. Son maître Picot, lui-même peintre de sujets antiques, l’encouragea probablement à travailler dans cette voie.
Hippolyte d’Euripide
Dans Hippolyte, tragédie d’Euripide datée de 429 av. J.-C., Phèdre ne supporte pas le rejet de son beau-fils et finit par se donner la mort. La lettre qu’elle laisse accuse Hippolyte et provoque de nouvelles conséquences pour la famille.
Description
Phèdre est représentée sur un lit, allongée sur le côté. Des draps recouvrent le bas de son corps ; un bras retombe tandis que l’autre soutient sa tête. Perdue dans ses pensées, elle regarde au loin, légèrement vers la gauche du spectateur.
Deux femmes, probablement des servantes, se tiennent près d’elle. Leur attitude exprime l’inquiétude et l’impuissance. La figure de Phèdre occupe presque toute la largeur de la toile, donnant à la scène un fort impact à l’échelle du spectateur.
Cabanel accorde aussi beaucoup d’attention à la chambre et à son mobilier. Les meubles, les tapis et les rideaux témoignent d’une influence orientaliste. Ayant lui-même travaillé à des décors d’intérieur, notamment pour des hôtels, il connaissait bien les styles historiques de décoration.
Un gros plan de Phèdre
Deux servantes
Analyse
Le mobilier riche et les tissus délicats situent Phèdre dans un univers de luxe. Pourtant, les expressions des personnages et le lit défait créent une atmosphère de tristesse. Le contraste entre opulence et désespoir donne à la scène sa tension.
Phèdre réunit plusieurs qualités de Cabanel : une grande maîtrise technique, une figure féminine à la peau claire et une composition pensée pour attirer immédiatement le regard. Elle montre aussi une manière académique qui perdait alors une part de sa popularité.
Après des décennies de succès au Salon, Cabanel vit évoluer les attentes des jurys et du public. Son œuvre semblait parfois hésiter entre tradition académique et idées nouvelles. Aujourd’hui, un regard moins polémique permet de mieux apprécier sa carrière.
Dimensions et technique
Phèdre mesure 286 cm de large sur 194 cm de haut. Malgré l’usage de formats parfois plus modestes dans les dernières années de Cabanel, cette toile reste imposante. Comme ses grandes œuvres, elle est peinte à l’huile sur toile.
Cabanel réservait souvent les grands formats aux scènes mythologiques, riches en figures et en détails. Ses portraits privés étaient généralement plus petits et plus directs. Large de près de trois mètres, Phèdre appartient à ses grandes peintures, même si ses projets de décors pour des hôtels parisiens furent réalisés à une échelle encore plus vaste.
Lieu de conservation
Le tableau est conservé au musée Fabre de Montpellier, ville natale d’Alexandre Cabanel. C’est là qu’il révéla très jeune son talent pour le dessin.
Image haute résolution de Phèdre
L’image ci-dessous permet d’observer la peinture en plus grand format. Elle aide à voir les détails qui caractérisent le travail de Cabanel, notamment sa manière de combiner la figure féminine, la mythologie et des éléments décoratifs plus contemporains.


