Portrait d’Alexandre Cabanel

par
Tom Gurney, titulaire d’un BSc (Hons), étudie l’histoire de l’art depuis plus de 20 ans.
Publié le 19 juin 2020 / Mis à jour le 16 septembre 2026
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Alexandre Cabanel (1823-1889) est un peintre français associé à l’art académique. Parmi ses œuvres les plus connues figurent L’Ange déchu, La Naissance de Vénus et Phèdre.

Introduction

Cabanel s’intéressa très tôt aux récits mythologiques. Sa formation à Paris lui donna une solide maîtrise technique ; la peinture de figures et le portrait devinrent les genres dominants de son œuvre, souvent avec de jeunes modèles féminins.

Attaché aux méthodes traditionnelles, Cabanel rejeta les nouvelles approches des impressionnistes lorsqu’ils commencèrent à attirer l’attention des galeries françaises. Les deux camps appréciaient peu le travail de l’autre et finirent par exposer séparément.

Ses thèmes n’étaient pas inédits dans l’art académique, mais la fluidité de sa touche et le soin de sa technique lui valurent une grande estime. Même lorsque l’intérêt pour ce mouvement déclina, il conserva le soutien de mécènes influents.

Cabanel devint une figure appréciée de la haute société et le peintre favori de Napoléon III. Il reçut notamment la Grande Médaille d’honneur aux Salons de 1865, 1867 et 1878. Plus tard, il enseigna dans les institutions qui avaient contribué à sa carrière ; ses élèves prolongèrent ainsi son héritage.

L’art académique perdit finalement du terrain face à l’impressionnisme, plus spontané et expressif. Aujourd’hui, les deux approches ont leur place. La maîtrise technique de Cabanel reste incontestable, tout comme la conviction avec laquelle il défendit un style devenu moins à la mode.

Son œuvre incarne la peinture parisienne dominante du XIXe siècle avant que Monet, Caillebotte, Degas et Renoir n’en bouleversent les codes. Avec le recul, nous pouvons apprécier ses réalisations sans reprendre les rivalités artistiques de son époque.

Cet article retrace la carrière d’Alexandre Cabanel, présente ses œuvres majeures et situe son travail dans l’art académique. Nous évoquons aussi sa formation, ses influences et les artistes qui ont compté dans sa vie.

Table des matières

  1. Introduction
  2. Jeunesse et formation
  3. Carrière d’artiste
  4. Œuvres majeures d’Alexandre Cabanel
  5. Style et technique
  6. Mécènes
  7. Distinctions
  8. Conflit avec les impressionnistes
  9. Décès
  10. Héritage

Jeunesse et formation

Alexandre Cabanel naquit à Montpellier le 28 septembre 1823. Après avoir montré des dispositions pour le dessin, il entra dans une école d’art locale. Ses progrès lui ouvrirent ensuite les portes de la prestigieuse École des Beaux-Arts à Paris.

François-Édouard Picot prit le jeune Cabanel sous son aile. Il lui fit découvrir plusieurs styles tout en l’aidant à perfectionner sa technique de peintre.

Sa formation ne se limitait pas à la pratique : il étudia la religion, la mythologie, l’histoire et la littérature européennes. Ces sujets nourriraient ensuite les genres dans lesquels il allait travailler.

Carrière d’artiste

Cabanel passa plusieurs années en Italie après avoir terminé deuxième au concours du Prix de Rome. Il y approfondit ses connaissances par l’étude et la pratique avant de rentrer à Paris. Il exposa ensuite au Salon pendant des décennies et devint une figure reconnue de l’art français.

Son entrée dans les institutions artistiques françaises lui apporta de nombreuses commandes, notamment des décors intérieurs pour la haute société. La peinture demeura cependant son activité principale. Il fut élu à l’Institut de France et enseigna à l’École des Beaux-Arts, où il avait lui-même étudié.

Dans les dernières années de sa vie, Cabanel transmit à ses élèves ses compétences techniques et les encouragea à chercher des sujets nouveaux. Bien qu’il travaillât dans la tradition académique, nourrie de romantisme et de néoclassicisme, il leur laissa une place pour leur créativité.

Œuvres majeures d’Alexandre Cabanel

Nous avons retenu trois peintures qui illustrent particulièrement bien son style. L’Ange déchu reste célèbre pour sa représentation grandeur nature de Lucifer ; La Naissance de Vénus et Phèdre rappellent sa maîtrise de la figure humaine et du portrait. Cabanel demeure un grand peintre de scènes mythologiques dans l’art académique.

Style et technique

À l’École des Beaux-Arts de Paris, les élèves apprenaient à représenter la figure féminine avec élégance et précision. Cabanel appliqua cette méthode à de vastes toiles, souvent avec des personnages grandeur nature qui suscitaient à la fois surprise et admiration.

Il intégra à son travail des éléments du romantisme et du néoclassicisme, tout en donnant la priorité à la technique. Les sujets mythologiques et religieux étudiés durant sa formation plaisaient aussi à ses mécènes : la demande du marché comptait pour un artiste de son temps.

L’influence romantique se renforça au fil des années. Cabanel aborda également la peinture d’histoire, parfois à la demande de ses mécènes, et réalisa des décors pour plusieurs hôtels afin de compléter ses revenus.

Nombre de ses tableaux montrent des femmes, souvent dénudées, dans des poses variées. Sa maîtrise de la figure humaine lui permettait de rendre les corps avec souplesse et précision. Le soutien de grands mécènes l’encouragea à poursuivre dans cette voie.

Sur le plan technique, Cabanel suivait les méthodes enseignées dans les écoles d’art parisiennes, particulièrement à l’École des Beaux-Arts. Cette discipline donna une grande cohérence à son œuvre, qualité que ses détracteurs pouvaient aussi lui reprocher.

Mécènes

Napoléon III régna sur la France au milieu du XIXe siècle et prit part au débat sur l’impressionnisme. Son goût était plus traditionnel : il appréciait particulièrement Cabanel et l’artiste allemand Franz Xaver Winterhalter. Cette faveur aida Cabanel à attirer d’autres collectionneurs et à financer sa carrière.

Le marchand d’art Adolphe Goupil commanda plusieurs œuvres à Cabanel puis diffusa des reproductions à des prix accessibles. Cabanel avait aussi travaillé aux décors de l’Hôtel Chevalier de Montigny, avant de recevoir d’autres projets pour des hôtels parisiens prestigieux. Il se consacra ensuite davantage à la peinture.

Distinctions

Alexandre Cabanel reçut la Grande Médaille d’honneur aux Salons de 1865, 1867 et 1878. Il avait fait sa première apparition au Salon dès 1843. Avec Agonie dans le jardin, il obtint ensuite une deuxième place au concours du Prix de Rome.

Il arriva de nouveau deuxième deux ans plus tard, mais cette fois la bourse d’études en Italie fut étendue aux deux premiers candidats. Cabanel conserva toute sa vie sa reconnaissance pour cette occasion. En Italie, il approfondit sa connaissance des classiques et étudia l’art de la Renaissance.

Conflit avec les impressionnistes

S’il encourageait ses propres élèves à trouver leur voie, Cabanel se montra beaucoup moins ouvert envers certains artistes d’autres mouvements. Son opposition aux impressionnistes se manifesta notamment lorsqu’il tenta d’empêcher leur participation au Salon.

Le Salon des Refusés, créé en 1863, permit aux artistes impressionnistes d’exposer sans entrer en conflit direct avec des peintres académiques établis comme Cabanel, Bouguereau et Gérôme.

Décès

Alexandre Cabanel mourut à Paris le 23 janvier 1889, à 65 ans. Une crise d’asthme survenue la veille marqua ses dernières heures, alors qu’il se préoccupait encore de ce qu’il laisserait derrière lui.

Héritage

Nommé professeur à l’École des Beaux-Arts en 1864, Cabanel y enseigna jusqu’à sa mort en 1889. Plusieurs centaines d’élèves passèrent ainsi par l’institution pendant sa carrière.

Certains de ses élèves remportèrent le Prix de Rome, dépassant la deuxième place que leur maître avait obtenue deux fois. Apprécié pour sa pédagogie, Cabanel attirait aussi des étudiants étrangers. De nombreux témoignages le décrivent comme un enseignant accessible, soucieux de transmettre l’art et son histoire.

Malgré son succès de son vivant et le soutien de mécènes tels que Napoléon III, les peintures de Cabanel sont aujourd’hui moins recherchées que celles de certains contemporains. L’Ange déchu a pourtant acquis un statut culte et continue d’attirer l’attention sur le reste de son œuvre.

Alexandre Cabanel enseignant à ses élèves Alexandre Cabanel enseignant à ses élèves