La Belle Ferronnière, portrait de femme peint par Léonard de Vinci Acheter des reproductions sur Amazon

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Tom Gurney BSc (Hons) est spécialiste de l’histoire de l’art depuis plus de 20 ans
Page créée le 22 septembre 2026 / Mise à jour le 22 septembre 2026
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La Belle Ferronnière

Dans La Belle Ferronnière, le modèle détourne la tête par rapport à l’orientation de son corps, tandis que ses yeux se lèvent légèrement vers un côté. Un parapet de pierre la sépare du spectateur. La force du portrait naît de cette tension maîtrisée : une présence de face, un contact retenu et un regard qui ne se fixe jamais tout à fait.

Son nom est inconnu. Le titre officiel du Louvre est Portrait de femme, dit à tort La Belle Ferronnière. Le surnom familier est apparu lorsque Jean-Auguste-Dominique Ingres et le graveur Le Fèvre ont confondu la peinture de Léonard avec un autre portrait féminin des collections royales françaises. L’erreur est devenue plus célèbre que sa rectification [1] [2].

Plusieurs femmes liées à la cour de Milan ont été proposées comme modèle : Lucrezia Crivelli, Beatrice d’Este et Isabelle d’Aragon. Chaque hypothèse s’appuie sur des éléments documentaires, visuels ou chronologiques, mais aucune n’a résolu la question. Le point de départ le plus sûr reste celui du Louvre : une femme non identifiée du milieu milanais de Léonard [1].

En bref

  • ArtisteLéonard de Vinci
  • Titre usuelLa Belle Ferronnière
  • Titre officiel du LouvrePortrait de femme, dit à tort La Belle Ferronnière [1]
  • DatationVers 1490–1497 [1]
  • TechniqueHuile sur panneau de noyer [1]
  • Dimensions63 × 45 cm [1]
  • CollectionMusée du Louvre, département des Peintures [1]
  • Numéro d’inventaireINV 778 ; MR 317 [1]
  • ModèleNon identifié ; Lucrezia Crivelli, Beatrice d’Este et Isabelle d’Aragon restent des hypothèses [1]
  • PrésentationSalle 710, aile Denon, niveau 1 [1]

Sommaire

  1. La Belle Ferronnière
  2. En bref
  3. Pourquoi le titre usuel est erroné
  4. Qui pourrait être le modèle ?
  5. Léonard et le portrait à Milan
  6. Pose, parapet et mouvement contraire
  7. Un regard qui ne croise pas tout à fait le nôtre
  8. Robe, coiffure et mode de la cour milanaise
  9. Peinture à l’huile, préparation et lumière réfléchie
  10. Provenance et attribution

Pourquoi le titre usuel est erroné

La Belle Ferronnière semble être un nom d’origine, mais ne nous transmet pas l’identité du modèle. Le Louvre explique qu’Ingres et Le Fèvre l’ont employé pour une gravure d’après le tableau de Léonard alors que ce nom appartenait à un autre portrait du musée [1]. Cet autre tableau représentait une femme de profil en costume français. Le modèle de Léonard porte les vêtements de la cour milanaise de la fin du XVe siècle.

Les deux œuvres avaient été distinguées dans les inventaires royaux français des XVIIe et XVIIIe siècles. La confusion s’est imposée avec l’estampe ultérieure, largement diffusée, qui a attaché le mauvais nom à l’image de Léonard. Une fois établi, le surnom est resté commode, même après que les chercheurs eurent relevé l’erreur [1] [2].

Le bijou sur le front du modèle a favorisé une autre explication : le tableau aurait reçu son nom d’un type d’ornement de tête appelé « ferronnière ». Le récit historique du Louvre ne présente pas cet ornement comme l’origine du titre. Il décrit un bandeau de soie, ou lenza, orné d’une pierre rougeâtre et retenant la coiffure soigneusement disposée du modèle [1]. Le bijou appartient à sa tenue ; l’histoire du titre est une question distincte.

Cette distinction importe parce qu’un titre erroné peut influencer ce que le spectateur croit voir. La Belle Ferronnière invite à raconter l’histoire d’une belle femme liée à François Ier, alors que Léonard a peint l’œuvre à Milan avant que le roi de France n’exerce son règne à l’âge adulte. Le titre officiel du Louvre ramène à un point de départ plus solide : le portrait d’une femme dont l’identité reste débattue.

Qui pourrait être le modèle ?

Les candidates appartiennent à la cour de Ludovic Sforza, où travaillait Léonard. Leur biographie aide à comprendre pourquoi chaque identification a trouvé des partisans, mais une histoire plausible ne suffit pas à établir l’identité du modèle.

Lucrezia Crivelli est peut-être l’hypothèse la plus connue. Présente à la cour de Ludovic Sforza, elle est devenue sa maîtresse dans les années 1490. Un poème latin conservé dans le Codex Atlanticus célèbre un portrait d’une femme nommée Lucrezia, peint par Léonard pour Ludovic. Ce document montre que Léonard a réalisé un portrait associé à Lucrezia et Ludovic, mais ne dit pas que le panneau du Louvre soit ce portrait [1].

Beatrice d’Este, épouse de Ludovic, a également été proposée. Cette hypothèse s’appuie notamment sur une comparaison avec un buste sculpté et un dessin portant une identification comme Beatrice. Le Louvre indique que Luke Syson et d’autres chercheurs ont soutenu cette ressemblance, tandis que d’autres spécialistes la rejettent [1].

Isabelle d’Aragon est une troisième candidate. Elle est arrivée à Milan en 1489 pour épouser Gian Galeazzo Sforza, le duc régnant dont l’autorité était éclipsée par Ludovic. Son arrivée et son rang sont compatibles avec l’hypothèse d’un portrait de cour au début de la période proposée par le Louvre, mais aucun document ne la relie directement au panneau [1].

La conclusion responsable reste donc ouverte. On connaît un portrait de Lucrezia par Léonard, sans pouvoir l’identifier sûrement au tableau du Louvre. Beatrice bénéficie d’images de comparaison, mais la ressemblance est contestée. Isabelle convient à une reconstruction chronologique, sans preuve directe. Le modèle reste une femme non identifiée de la cour milanaise.

Léonard et le portrait à Milan

Léonard s’est installé à Milan vers 1482 et y a travaillé sous le patronage de Ludovic Sforza. Le Louvre réunit La Belle Ferronnière, le Portrait de musicien et La Dame à l’hermine parmi les principaux portraits de cette période [1] [4]. Ils partagent un fond sombre et un intérêt pour les figures en mouvement, mais chacun établit une relation différente avec le spectateur.

Les portraits milanais montraient souvent leurs modèles de profil. Léonard place le corps de trois quarts et tourne la tête dans une autre direction, suggérant un mouvement possible. Le Louvre rapproche cette composition plus vivante d’exemples du nord de l’Europe tout en la situant dans les usages de la cour lombarde [1].

La chronologie exacte est difficile à établir. Le Louvre place La Belle Ferronnière dans les années 1490 et relève une évolution générale vers des portraits plus grands. Haute de 63 centimètres, la femme occupe davantage d’espace que Cecilia Gallerani dans La Dame à l’hermine. Sa tête et le haut de son buste approchent la taille réelle, renforçant l’impression qu’une personne se tient derrière le parapet [1].

À cet agrandissement répond une grande retenue. Aucun paysage, animal, livre ou feuillet de musique ne fournit de récit. Le visage, les vêtements, les bijoux et la pose suggèrent son identité et son rang. L’absence d’attribut la rend plus présente, tout en la laissant plus difficile à nommer.

Pose, parapet et mouvement contraire

Le buste de la femme s’oriente vers la gauche du tableau, tandis que sa tête revient vers la droite. Léonard emploie ce mouvement contraire pour empêcher le corps de former un bloc immobile. Les épaules indiquent une direction ; le visage la déjoue.

Le parapet traverse horizontalement le bord inférieur. Il marque une limite nette entre l’espace du modèle et le nôtre. La femme semble assez proche pour nous faire face, mais cette barrière nous empêche d’entrer. Le dispositif était familier dans le portrait du nord de l’Italie ; Léonard l’associe cependant à l’échelle du corps et au regard, au lieu d’en faire un simple encadrement.

Le parapet cache aussi les mains. Dans La Dame à l’hermine, la main de Cecilia et l’animal créent un second foyer d’action. Ici, le portrait repose sur la tête, les épaules et les yeux. La barrière inférieure concentre l’attention sur les nuances visibles au-dessus d’elle.

La posture du modèle est maîtrisée sans être raide. Une épaule recule, l’autre avance, et l’encolure change d’angle sur la poitrine. Ces décalages suggèrent un corps qui tourne dans l’espace, bien que le fond sombre ne montre aucun lieu précis.

Un regard qui ne croise pas tout à fait le nôtre

Au premier coup d’œil, la femme semble regarder directement le spectateur. Le Louvre précise que ses yeux sont en réalité légèrement tournés vers sa droite et vers le haut [1]. Ce petit écart est essentiel : il produit la tension d’un regard échangé sans nous l’accorder pleinement.

On a souvent qualifié son expression de sévère, réservée ou inaccessible. Ces mots décrivent mieux la réaction du spectateur qu’ils ne diagnostiquent le caractère du modèle. Une bouche fermée et des yeux stables peuvent évoquer la dignité, l’attention, la prudence ou simplement les exigences d’une pose prolongée.

La lumière renforce l’effet psychologique. Le front, le nez, le haut des joues et le menton émergent de transitions plus douces. Les zones sombres autour des yeux concentrent l’attention sur eux, tandis que le fond élimine les distractions. Léonard n’illustre pas une pensée précise : il donne l’impression qu’une pensée est en cours.

Le parcours de visite du Louvre décrit ce regard comme un signe de l’intérêt de Léonard pour la saisie d’un instant vivant [2]. Cet instant reste incomplet parce que nous n’en voyons pas la cause. Comme Cecilia dans La Dame à l’hermine, le modèle semble réagir à quelque chose hors du cadre. À la différence de Cecilia, elle se tourne vers une rencontre qui nous inclut presque.

Robe, coiffure et mode de la cour milanaise

Le costume aide à situer le portrait à Milan. Le modèle porte une camora rouge, robe ajustée au décolleté relativement ouvert. Des manches amovibles sont attachées par de larges rubans, verts à l’origine mais devenus jaunâtres. Le tissu blanc du vêtement de dessous apparaît dans les ouvertures [1].

Ses cheveux sont séparés par une raie médiane, lissés près de la tête et rassemblés derrière. Une petite coiffe, ou cuffia, mêle soie et fil d’or. Le bandeau frontal orné de sa pierre rougeâtre maintient l’ensemble, tandis que la chevelure tressée est enveloppée dans un trenzale [1].

Ces termes décrivent des éléments visibles de la tenue, sans prouver un nom. Lucrezia, Beatrice et Isabelle appartenaient toutes à un monde où circulaient ces modes. Les vêtements indiquent le rang d’une femme de la cour milanaise, mais ne permettent pas de décider laquelle.

Léonard équilibre une couleur forte par une composition rigoureuse. Le rouge de la robe forme la plus vaste zone chaude. Des perles sombres et une fine bordure conduisent le regard vers le visage. Les rubans des manches se répètent sur les épaules, tandis que le bijou du front ajoute un petit accent près des yeux.

Peinture à l’huile, préparation et lumière réfléchie

Le portrait est peint à l’huile sur bois de noyer. Une étude chimique récente d’un échantillon microscopique de sa couche préparatoire orangée a révélé un blanc de plomb riche en hydrocerussite. Les particules sont exceptionnellement grosses, structure qui pourrait résulter d’un chauffage du pigment pendant sa préparation [3].

Cette découverte importe parce qu’elle donne une base matérielle à la luminosité du portrait. Les chercheurs ont recréé un pigment aux propriétés comparables et constaté qu’il formait une couche très réfléchissante. Ils proposent que Léonard ait choisi une préparation fortement couvrante afin de masquer le panneau de noyer et de renvoyer la lumière à travers les couches de peinture transparentes posées au-dessus [3].

Il s’agit d’une explication matérielle de la luminosité du portrait. La lumière ne frappe pas seulement la surface achevée. Elle pénètre les fines couches supérieures, rencontre la préparation réfléchissante et revient à l’œil. Le visage peut ainsi sembler construit par une lumière intérieure à la peinture, et non seulement par des couleurs pâles appliquées en surface.

L’étude ne transforme pas chaque effet optique en recette élucidée. Ses auteurs présentent des observations matérielles et une hypothèse sur l’intention de Léonard. La relation exacte entre la préparation du pigment, le travail du pinceau et l’apparence finale reste en partie une interprétation.

Conservation et surface actuelle

Le portrait a une histoire matérielle autant qu’une histoire d’images. Les pigments changent, les vernis vieillissent, les panneaux de bois réagissent à leur environnement, et les interventions passées deviennent partie intégrante de l’objet. La notice du Louvre relève un exemple visible : des rubans considérés comme verts à l’origine paraissent aujourd’hui jaunis [1].

Le Louvre indique que La Belle Ferronnière fait partie des trois peintures restaurées au cours de plus d’une décennie de recherches scientifiques ayant précédé sa rétrospective Léonard de 2019 [4]. Les sources institutionnelles publiques citées ici ne fournissent pas de rapport de traitement complet. Il ne faut donc pas attribuer des changements de couleur, fissures ou passages estompés précis à telle intervention sans preuve directe.

Les recherches techniques offrent une voie plus solide. Un échantillon permet d’étudier la préparation orangée et la structure du blanc de plomb ; la fluorescence des rayons X cartographie la distribution du plomb ; les comparaisons avec un pigment reconstitué suggèrent des effets optiques possibles [3]. Ces résultats décrivent la fabrication du tableau sans prétendre retrouver un original intact.

Provenance et attribution

L’histoire du portrait au XVIe siècle reste inconnue. Le Louvre rejette les tentatives de l’identifier avec certitude dans un inventaire d’Anne de Bretagne : ce document est antérieur à la prise de Milan par la France, dont dépendait l’hypothèse [1].

Une autre proposition le rapproche d’une « dame lombarde » vue à Blois en 1517 par Antonio de Beatis. Son texte ne nomme pas Léonard, et le Louvre juge le rapprochement faible. Le tableau a pu entrer dans les collections royales françaises sous Louis XII ou François Ier, mais aucun document conservé du XVIe siècle ne prouve quand ni comment [1].

La première référence raisonnablement sûre vient de Fontainebleau en 1642 : un portrait de Léonard décrit comme celui d’une duchesse de Mantoue désigne presque certainement cette œuvre. Les noms ont ensuite encore changé, avec notamment une identification à Anne Boleyn au XVIIIe siècle et le faux titre « Belle Ferronnière », popularisé par l’estampe d’Ingres et Le Fèvre [1].

Le Louvre attribue INV 778 à Léonard de Vinci sans réserve d’atelier [1]. L’étude technique le traite également comme une œuvre de Léonard et examine ses choix matériels aux côtés de La Joconde et de Sainte Anne [3]. Il ne faut pas présenter les débats anciens comme une crise actuelle de l’attribution non résolue.

Sa place parmi les portraits milanais est plus utile qu’un classement de valeur. Le Portrait de musicien fait émerger de l’ombre un homme tenant un feuillet de musique. Dans La Dame à l’hermine, l’attention de Cecilia s’accorde avec l’animal qu’elle tient. Par comparaison avec Ginevra de’ Benci, le paysage extérieur et l’emblème peint au revers ont disparu. D’une œuvre à l’autre, Léonard renouvelle la relation entre corps, cadre, regard et spectateur.

Regarder de près : lire le portrait sans nommer le modèle

Commencez par le parapet. Suivez son bord horizontal et remarquez à quel point il sépare votre espace de celui du modèle. Passez ensuite aux épaules, inclinées vers la gauche. Le corps a déjà engagé un mouvement.

Remontez le long de l’encolure. La tête inverse la direction et vient presque de face. Comparez la raie centrale des cheveux à l’inclinaison des yeux. Le visage paraît frontal, mais le regard glisse légèrement de côté.

Portez le regard vers les rubans et les manches. Leurs attaches répétées animent les bords du tableau, alors que le visage reste maîtrisé. Observez le bandeau et son bijou sans vous en servir pour justifier le faux titre.

Ce parcours visuel remet les hypothèses sur le modèle à leur juste place. Lucrezia, Beatrice et Isabelle restent des contextes historiques possibles, mais la force du portrait réside surtout dans la relation maîtrisée entre parapet, corps, tête, regard, vêtement et lumière.

Questions fréquentes

Qui est La Belle Ferronnière ?
L’identité du modèle est inconnue. Lucrezia Crivelli, Beatrice d’Este et Isabelle d’Aragon sont les principales hypothèses relevées par le Louvre, mais aucune n’est confirmée.
Pourquoi le Louvre juge-t-il le titre erroné ?
Ingres et le graveur Le Fèvre ont donné au tableau de Léonard le nom d’un autre portrait du Louvre. Leur estampe a popularisé cette erreur.
Le bijou du front est-il une ferronnière ?
Le modèle porte un bandeau de soie orné d’une pierre rougeâtre, décrit par le Louvre comme une lenza. Le musée attribue le titre usuel à l’estampe mal nommée d’Ingres et Le Fèvre, non à cet ornement.
Quand Léonard a-t-il peint La Belle Ferronnière ?
Le Louvre date le tableau d’environ 1490–1497, dans le dernier quart du XVe siècle.
Où peut-on voir La Belle Ferronnière ?
Le Louvre indique actuellement la salle 710, aile Denon, niveau 1. Les lieux de présentation peuvent changer ; vérifiez-les avant votre visite.

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Références

  1. Musée du Louvre, « Portrait de femme, dit à tort La Belle Ferronnière », consulté le 28 juillet 2026.
  2. Musée du Louvre, « Trésors de la Renaissance italienne », consulté le 28 juillet 2026.
  3. Victor Gonzalez et collaborateurs, « Les choix matériels et techniques de Léonard de Vinci révélés par l’analyse chimique : le cas du pigment blanc de plomb », consulté le 28 juillet 2026.
  4. Musée du Louvre, « Léonard de Vinci », consulté le 28 juillet 2026.