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Mitrailleuse
La « mitrailleuse » de Léonard de Vinci est le nom usuel d’un projet d’artillerie à plusieurs canons de la Renaissance, non d’une arme automatique moderne. Le sujet historique se décrit mieux comme un canon d’orgue, ou spingarda a organi, associé au Codex Atlanticus f. 157 r et à des maquettes muséales ultérieures appelées Mitragliera a tre file di canne ou Mitragliera a trentatré canne [1] [2] [3].
Le projet est véritablement remarquable. Il imagine plusieurs petits tubes disposés de façon à organiser successivement tir, rechargement et refroidissement. Le Museo Leonardiano décrit une maquette à trois rangées rotatives de onze canons chacune, soit trente-trois scoppietti au total, réalisée d’après la feuille de Léonard du Codex Atlanticus [1]. Le Museo Scienza répertorie une maquette apparentée de trente-trois canons, fabriquée en 1952–1953, avec trois rangées de onze bouches [2]. Ces sources témoignent de l’imagination de Léonard en matière d’ingénierie militaire, mais non de l’affirmation excessive qu’il aurait inventé, construit, essayé ou utilisé une mitrailleuse moderne.
Le projet répond à un ancien problème d’artillerie : augmenter le volume et le rythme des tirs avant l’existence des mécanismes modernes, des cartouches et du chargement automatique. Léonard réfléchissait à une séquence, une disposition et une organisation, non au tir automatique contemporain.
Le titre « Mitrailleuse » peut rester utile, à condition de ne pas arracher la machine historique à son siècle.
En bref
- Titre de la pageMitrailleuse
- Sujet historiqueArtillerie à plusieurs canons de Léonard / spingarda a organi
- Principal folio documentaireCodex Atlanticus f. 157 r [1] [3]
- Source muséale principaleMuseo Leonardiano, Mitragliera a tre file di canne [1]
- Notice de maquette préciseMuseo Scienza, Mitragliera a trentatré canne, numéro IGB-412 [2]
- Date de la maquette ultérieure1952–1953 [2]
- Concepteur de la maquette ultérieureGiovenale Argan [2]
- Disposition principaleTrois rangées de onze petits canons, soit trente-trois au total [1] [2]
- ComparaisonCanon à tirs multiples en éventail de la même famille de feuilles du Codex Atlanticus [4]
- Limite des preuvesRien ne permet de dire que Léonard a inventé une mitrailleuse moderne
- ConstructionAucune preuve ici que Léonard ait construit, essayé, déployé ou utilisé cette arme
- ImageLa maquette aide à comprendre le projet, mais ne prouve pas qu’une arme ait été fabriquée par Léonard
Sommaire
- Le titre moderne et l’objet historique
- Codex Atlanticus, folio 157 recto
- Trois rangées de onze canons
- Les maquettes muséales ultérieures
- Tir, rechargement et refroidissement
- Pourquoi ce n’est pas une mitrailleuse moderne
- Comparaison avec le canon en éventail
- Imagination militaire et prudence
- Ce qu’il faut observer d’abord
- Pourquoi ce projet compte
Le titre moderne et l’objet historique
« Mitrailleuse » est un titre destiné au lecteur, non une classification technique littérale. Il met en avant ce qui paraît moderne dans le projet de Léonard : de nombreux tubes, la possibilité d’un tir plus soutenu et la volonté de maintenir la puissance de feu. Pourtant, les termes des sources et les notices des maquettes renvoient à l’artillerie à plusieurs canons, non à une arme automatique.
La notice du Museo Leonardiano utilise le titre italien Mitragliera a tre file di canne, qui évoque une mitrailleuse dans la traduction moderne, mais explique aussi que la maquette reconstruit ou complète ce que Léonard appelait une spingarda a organi [1]. Cette expression ancienne est historiquement plus éclairante. Elle rattache le projet aux canons d’orgue et aux groupes de tubes, armes qui multiplient les bouches à feu sans inventer le tir automatique.
Léonard ne dessinait pas une arme alimentée par bande ni ne préfigurait directement le fonctionnement des mitrailleuses industrielles modernes. Il examinait comment disposer, charger, faire tirer et laisser refroidir ensemble plusieurs petits canons.
Cette distinction rend le projet plus intéressant. Elle montre Léonard au travail avec les techniques et les problèmes de son époque, sans projeter rétrospectivement une arme entièrement moderne sur la Renaissance.
Codex Atlanticus, folio 157 recto
La principale piste documentaire situe le projet au Codex Atlanticus f. 157 r. Le Museo Leonardiano donne ce folio comme source de sa maquette à trois rangées [1]. La page « Leonardo thek@ » du Museo Galileo ancre également les preuves de la feuille 157 recto ; ses notes retenues décrivent une artillerie à plusieurs canons, des dessins de mitrailleuses et des études de spingarde a organi et de canons en éventail [3].
Le folio donne sa précision au sujet. Les carnets de Léonard contiennent de nombreux projets que des institutions ultérieures ont mis en maquette, renommés ou popularisés. Le Codex Atlanticus f. 157 r rattache cet article à ses études d’artillerie à tirs multiples et à la tradition de maquettes qui a rendu l’une d’elles visible aux visiteurs des musées.
Les sources exigent aussi de la prudence quant à la foliotation, la datation et l’interprétation. Des systèmes de catalogue ou d’étude différents peuvent décrire le même matériel sous d’autres références de folios ou fourchettes chronologiques [3]. Le Codex Atlanticus appartient plus largement à la tradition manuscrite de la Veneranda Biblioteca Ambrosiana ; le sujet ici reste la piste d’artillerie du f. 157 r [5]. L’essentiel est le lien documenté entre la feuille, le projet et les preuves tirées des maquettes ultérieures.
Le folio ne prouve aucune construction. Un dessin peut être précis, sérieux et techniquement ambitieux sans devenir une arme opérationnelle. L’affirmation sûre est plus restreinte : Léonard a dessiné et étudié des dispositions d’artillerie à plusieurs canons, que des institutions ultérieures ont interprétées en maquettes.
Trois rangées de onze canons
Le trait le plus mémorable du projet est la disposition des tubes. Le Museo Leonardiano décrit trois rangées rotatives de onze canons chacune, soit trente-trois scoppietti [1]. La notice de collection du Museo Scienza décrit sa maquette comme une batterie de canons aux trente-trois petites bouches, placées sur un châssis rotatif en trois rangées de onze [2].
On comprend ainsi l’attrait du titre « Mitrailleuse ». En voyant plusieurs canons, le lecteur imagine un feu continu. L’idée de Léonard aborde effectivement un problème que des armes plus récentes ont résolu autrement : maintenir une cadence de tir élevée. Mais le mécanisme reste historiquement différent. Le projet augmente la puissance de feu en multipliant les tubes et en les faisant tourner, non par chargement et tir automatiques.
Le Museo Leonardiano donne l’explication fonctionnelle la plus claire. Une rangée pouvait tirer pendant qu’une autre était rechargée et qu’une troisième refroidissait [1]. Nul besoin de présenter cela comme un tir automatique. L’idée est de gérer une succession d’opérations. Le projet cherche à réduire les pauses qui limitaient l’artillerie et les petits canons en répartissant les tâches entre trois groupes de tubes.
La solution relève de l’espace. Elle transforme une question de temps en question d’agencement : si un groupe de tubes ne peut tirer sans interruption, plusieurs groupes peuvent être organisés pour alterner action, préparation et refroidissement. Cette logique est compréhensible sans traiter le dispositif comme une mitrailleuse moderne.
Les maquettes muséales ultérieures
Les maquettes ultérieures sont essentielles, car beaucoup découvrent les inventions de Léonard à travers des reconstitutions de musée. Le Museo Leonardiano répertorie une maquette de Mitragliera a tre file di canne réalisée par IBM Italia en 1952, en bois et fer, large de 240 cm, longue de 85 cm et profonde de 34 cm [1]. La collection en ligne du Museo Scienza présente une Mitragliera a trentatré canne, datée de 1952–1953, numéro IGB-412, conçue par Giovenale Argan, faite de bois, de bronze et de fer, et située dans les galeries Léonard [2].
Ces détails sont précieux, mais concernent les maquettes. Dimensions, matériaux, numéro d’inventaire et concepteur sont des faits muséaux du XXe siècle, non ceux d’une arme de la Renaissance conservée et fabriquée par Léonard. La maquette aide à interpréter le projet ; elle ne prouve pas qu’il l’ait construit.
Une maquette matérielle paraît convaincante. Elle donne au dessin poids, échelle et texture, et peut rendre le projet moins hypothétique que ne le permettent les sources. Il vaut mieux la comprendre ici comme un objet d’interprétation ultérieur.
Elle reste néanmoins l’un des meilleurs moyens de saisir le projet. Elle rend l’agencement lisible, clarifie les trente-trois tubes et montre comment les musées ont présenté l’imagination militaire de Léonard. Ce n’est pas le même type de preuve que son dessin.
Tir, rechargement et refroidissement
C’est la succession des opérations qui risque le plus de susciter des affirmations exagérées. Le Museo Leonardiano explique qu’une rangée tire tandis qu’une autre est rechargée et qu’une troisième refroidit : c’est une description fidèle à sa source [1]. Elle permet au lecteur de comprendre comment la disposition devait répondre à des limites pratiques.
Cette succession ne prouve pas que le dispositif fonctionnait en pratique. Rechargement, chaleur, mise à feu, précision, stabilité de l’affût, tolérances de fabrication et coordination d’une équipe comptent tous. Les sources employées ici ne fournissent ni compte rendu d’essais, ni prototype fonctionnel, ni preuve de déploiement militaire.
Une formulation plus juste est que le projet propose un cycle. Il imagine plusieurs tubes servant différentes phases de l’action. C’est déjà une affirmation importante. Elle montre Léonard pensant non seulement à un objet, mais à son emploi : tirer, préparer et refroidir comme parties d’un même système.
Le réglage de l’élévation par vis sans fin appartient au même cadre de preuve. Le Museo Leonardiano mentionne ce réglage [1] et le Museo Scienza indique une vis sans fin dans l’affût [2]. Ce sont des éléments de maquette et de projet d’une disposition d’artillerie interprétée, non la preuve d’une arme prête à servir sur le terrain.
Pourquoi ce n’est pas une mitrailleuse moderne
Léonard a-t-il inventé la mitrailleuse ? Non, si ce mot désigne une arme à feu automatique moderne. Les sources appuient un projet d’artillerie à plusieurs canons, non un tir automatique, des cartouches, une alimentation industrielle en munitions, un mécanisme utilisant le recul ou une balistique moderne.
Les documents du Museo Galileo sont particulièrement utiles : ils maintiennent la réserve selon laquelle ces projets ne doivent pas être simplement comparés à une mitrailleuse moderne, même s’ils peuvent annoncer de manière limitée certaines technologies multicanons ultérieures [3]. C’est le juste équilibre. Le projet regarde vers l’avenir en cherchant à augmenter le volume et le rythme du tir. Il n’est pas pour autant une mitrailleuse moderne au sens direct.
Cette distinction ne diminue pas Léonard. Transformer chaque dessin suggestif en invention moderne revient à remplacer l’histoire rigoureuse par la conjecture. Il est plus solide de dire que Léonard a étudié l’artillerie à tubes groupés avec une imagination mécanique et une clarté visuelle remarquables.
Le vieux titre subsiste parce que le projet regroupe des tubes et cherche à rendre le tir plus continu. L’écart historique demeure essentiel : il s’agit d’une proposition d’artillerie à tirs multiples de la Renaissance, non d’une arme automatique moderne.
Comparaison avec le canon en éventail
Le Codex Atlanticus f. 157 r appartient aussi à une famille plus large d’études d’artillerie à tirs multiples. La page anglaise du Museo Leonardiano consacrée au Multiple-shot, fan-array cannon décrit une maquette, également réalisée par IBM Italia en 1952, à partir du f. 157 r de Léonard [4]. Elle présente dix petits canons montés en éventail sur un seul affût [4].
Cette comparaison montre que Léonard n’a pas étudié le tir groupé au moyen d’un seul projet. Les preuves du folio comprennent une famille de solutions : certaines rangent les tubes en lignes, tandis qu’une autre les répartit en éventail. Toutes abordent les questions de tirs multipliés, d’angle et de couverture.
L’article distinct sur le Canon à trois tubes traite directement d’un titre traditionnel contesté. La meilleure source institutionnelle de comparaison décrit ici un canon en éventail à dix tubes, et non un canon à trois tubes [4]. C’est une preuve connexe utile, mais il ne faut pas la confondre avec le sujet des trente-trois tubes de la « Mitrailleuse ».
Imagination militaire et prudence
Le projet d’artillerie à plusieurs canons appartient à l’univers d’ingénierie militaire de Léonard. Il est proche, dans son esprit, de son arbalète géante, de ses études de fortifications, de machines de siège et d’autres dispositifs conçus pour produire force, intimidation ou avantage tactique. Les preuves restent toutefois celles d’un projet, non d’une histoire des champs de bataille.
Les sources étayent le dessin et l’interprétation par des maquettes. Elles n’étayent ni construction, ni essais, ni déploiement, ni utilisation au combat. Il n’est pas nécessaire d’inventer un commanditaire, une bataille ou une chaîne d’influence cachée faisant de ce projet l’ancêtre de toutes les mitrailleuses ultérieures.
Cette retenue est d’autant plus importante que les inventions militaires attirent les mythes. Une formule comme « la mitrailleuse de Léonard » glisse facilement vers l’idée qu’il devançait tous ses contemporains de plusieurs siècles. Une lecture plus exacte sépare l’intuition de la preuve.
Le meilleur récit est précis sans être timide. Léonard a étudié avec une remarquable clarté un système de tir à plusieurs canons : rangées, châssis rotatif, succession des opérations et logique du refroidissement. Les preuves ne vont pas jusqu’à l’invention d’une mitrailleuse moderne ou à son déploiement pratique.
Ce qu’il faut observer d’abord
Regardez les rangées. L’idée centrale n’est pas un canon miraculeux, mais une disposition : trois rangées de onze tubes, chacune affectée à une phase différente [1] [2]. C’est cette organisation qui fait l’intelligence mécanique du projet.
Regardez le rythme. Léonard imagine tir, rechargement et refroidissement comme un cycle [1]. Il cherche à gérer le temps en répartissant les tâches entre plusieurs canons.
Regardez les preuves fournies par les maquettes. Ces objets muséaux sont des interprétations du XXe siècle [1] [2]. Ils aident à voir le projet, mais ne sont pas des objets fabriqués par Léonard.
Enfin, regardez le titre. « Mitrailleuse » est la porte d’entrée familière de la page. Derrière elle se trouvent l’artillerie à plusieurs canons, le Codex Atlanticus f. 157 r et l’interprétation ultérieure en maquettes.
Pourquoi ce projet compte
Le projet dit « Mitrailleuse » est important parce qu’il montre Léonard appliquant une pensée systémique à la guerre. Il ne dessinait pas simplement une arme. Il réfléchissait à la succession des opérations, à la chaleur, au travail humain, à l’affût, à la visée et à la difficulté de maintenir le tir.
Il est également remarquable sans exagération. La disposition de trente-trois canons frappe l’esprit, les maquettes ultérieures sont instructives et les preuves du folio sont réelles. Le mythe selon lequel Léonard aurait inventé la mitrailleuse moderne est inutile.
Le projet d’artillerie à plusieurs canons compte parmi les études d’ingénierie militaire les plus marquantes de Léonard. Il mérite l’attention parce qu’il révèle comment celui-ci coordonnait mécaniquement des opérations sous contrainte, sans qu’on doive le transformer en arme moderne.
Questions fréquentes
Discussion
Où le projet d’artillerie à plusieurs canons de Léonard devient-il le plus clair : sur le folio du Codex Atlanticus, dans les trois rangées de tubes, la succession tir/rechargement/refroidissement ou la maquette muséale ultérieure ?
Regards des lecteurs
Comment le titre familier « Mitrailleuse » influe-t-il sur votre lecture du projet ?
Quels détails viennent du dessin de Léonard, lesquels de la maquette muséale ultérieure ?
Quelle source faudrait-il pour pouvoir dire que le dispositif a été construit, essayé ou déployé ?
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Références
- Museo Leonardiano di Vinci, « Mitragliera a tre file di canne », consulté le 30 juillet 2026.
- Collection en ligne du Museo Scienza, « Mitragliera a trentatré canne », consulté le 30 juillet 2026.
- Museo Galileo / Leonardo thek@, « Codex Atlanticus : folio 157 recto », consulté le 30 juillet 2026.
- Museo Leonardiano di Vinci, « Canon à tirs multiples en éventail », consulté le 30 juillet 2026.
- Veneranda Biblioteca Ambrosiana, « Codex Atlanticus », consulté le 30 juillet 2026.


