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Le Carton de Burlington House
Le Carton de Burlington House de Léonard de Vinci est l’un des dessins les plus imposants conservés de la Renaissance. Son titre complet à la National Gallery est La Vierge et l’Enfant avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste enfant. Son nom usuel vient de Burlington House, le bâtiment londonien où il fut exposé lorsqu’il appartenait à la Royal Academy of Arts [1] [3]. Aujourd’hui, il est conservé à la National Gallery de Londres sous le numéro NG6337 [1].
Il ne s’agit pas d’un « cartoon » au sens moderne de bande dessinée. En histoire de l’art, un carton est un dessin grandeur nature préparatoire à une peinture ou à une autre grande œuvre. La feuille de Léonard est inhabituelle parce qu’elle ne semble pas avoir servi à un transfert direct. Selon la National Gallery, il s’agissait probablement d’un dessin de présentation : un grand projet très élaboré que l’on pouvait montrer à de possibles mécènes comme une œuvre d’art à part entière [1].
Le dessin représente quatre personnages étroitement liés en un groupe dense et intime. La Vierge Marie est assise sur les genoux de sa mère, sainte Anne. L’Enfant Jésus se tourne vers son jeune cousin, saint Jean-Baptiste, qui s’appuie contre le giron d’Anne tandis que le Christ lui touche le menton [1]. Sainte Anne regarde Marie et montre le ciel du doigt, geste que la National Gallery associe à la divinité du Christ [1].
En bref
- ArtisteLéonard de Vinci
- Titre completLa Vierge et l’Enfant avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste enfant (« Carton de Burlington House ») [1]
- Nom usuelCarton de Burlington House
- DateVers 1506–1508 [1]
- Technique et supportFusain rehaussé de craie blanche sur papier monté sur toile [1]
- Dimensions141,5 × 104,6 cm [1]
- CollectionNational Gallery, Londres [1]
- Numéro d’inventaireNG6337 [1]
- FonctionDessin de présentation grandeur nature, non piqué ni incisé pour le transfert [1]
- AcquisitionAcheté en 1962 grâce à une subvention spéciale, des contributions et un appel au public [1]
Sommaire
- Présentation
- En bref
- Qu’est-ce que le Carton de Burlington House ?
- Le groupe de la Sainte Famille
- Matériaux et technique du dessin
- Date, fonction et mécénat
- Le rapport avec la Sainte Anne du Louvre
- Provenance et origine du nom Burlington House
- Conservation et restauration
- Pourquoi ce carton est important
- Détails annotés
Détails annotés de la Vierge et l’Enfant avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste
Cette vue annotée permet de regarder le Carton de Burlington House comme un dessin monumental tout en isolant les visages superposés, les gestes et les enfants qui rendent le groupe si complexe.
Détails de LA VIERGE ET L’ENFANT AVEC SAINTE ANNE ET SAINT JEAN-BAPTISTE
Un regard rapproché sur les détails qui structurent le dessin, en distinguant l’œuvre des limites de ses reproductions.
Qu’est-ce que le Carton de Burlington House ?
Les données essentielles de la National Gallery constituent le point de départ le plus sûr. Le titre complet est La Vierge et l’Enfant avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste enfant (Carton de Burlington House) [1]. L’artiste est Léonard de Vinci. L’œuvre date d’environ 1506–1508. Sa technique est le fusain rehaussé de craie blanche sur papier, monté sur toile. Elle mesure 141,5 × 104,6 cm et porte le numéro d’inventaire NG6337 [1].
Ces faits corrigent plusieurs malentendus courants. L’œuvre est un dessin, non une peinture. C’est un carton au sens de l’atelier de la Renaissance, non une illustration humoristique. Sa grande taille la rattache à l’échelle d’une peinture envisagée. Elle porte le nom de Burlington House non parce que Léonard l’y réalisa, mais parce qu’elle y fut exposée pendant qu’elle appartenait à la Royal Academy [3].
Le long titre officiel définit exactement le sujet ; le nom plus bref de Burlington House rappelle l’histoire de l’œuvre. Les deux sont utiles : l’un précise les personnages représentés, l’autre explique comment le dessin devint célèbre à Londres.
Le carton appartient naturellement aux dessins de Léonard, mais il dépasse la simple feuille d’étude. C’est un acte de conception à une échelle publique. De petites esquisses peuvent enregistrer une recherche dans un carnet ; ici, l’invention devient monumentale.
Un carton ordinaire servant au transfert disparaît souvent derrière l’œuvre achevée qu’il aide à réaliser. La feuille de Léonard appelle une autre lecture. Puisque les contours n’ont été ni piqués ni incisés, et que le modelé est très soigneusement élaboré, on peut y voir une proposition achevée plutôt qu’un outil d’atelier jetable [1]. Elle montre ce qu’une peinture pourrait devenir tout en restant elle-même un objet majeur.
Le groupe de la Sainte Famille
La composition réunit la Vierge Marie, sa mère sainte Anne, l’Enfant Jésus et saint Jean-Baptiste enfant. Léonard ne les dispose pas comme quatre figures de dévotion isolées. Il les relie physiquement et affectivement. Chacun réagit à un autre, et tout le groupe devient un seul mouvement d’attention.
La description de la National Gallery souligne la proximité des corps. Marie est assise sur les genoux d’Anne tandis que le Christ se tourne vers Jean [1]. Ce petit geste importe parce qu’il garde la scène sacrée physiquement vivante. Léonard ne fait pas de l’Enfant Jésus un emblème isolé : il lui donne mouvement, contact et énergie de réponse.
Sainte Anne est la figure la plus immobile et la plus imposante. Son regard est profond, son visage doucement modelé, et son doigt levé désigne quelque chose au-delà du groupe familial immédiat. Ce geste donne au dessin sa tension théologique. Les figures sont tendrement unies, mais la main d’Anne rappelle que la vie de l’Enfant a une destinée sacrée.
Cette structure imbriquée explique pourquoi la feuille paraît si complète, tout en restant un dessin. La logique affective existe déjà. Le spectateur peut y lire intimité, parenté, révélation et sacrifice futur dans la façon dont les corps se penchent, se regardent et se touchent.
Matériaux et technique du dessin
La National Gallery décrit la technique comme du fusain rehaussé de craie blanche sur papier monté sur toile [1]. Cette combinaison permet à Léonard de créer une large gamme de tons. Le dessin n’est pas uniquement fait de lignes : lumière et ombre en modèlent les formes. Selon le musée, des zones très sombres contrastent avec d’autres plus claires pour produire un volume tridimensionnel, notamment dans les visages et les draperies [1].
La notice de la salle 51a apporte une précision matérielle importante : le carton est composé de huit feuilles de papier [3]. On ne fabriquait pas, au temps de Léonard, des feuilles d’une telle taille ; il fallut assembler la surface monumentale. Cette construction explique à la fois l’ambition et la vulnérabilité de l’objet.
La National Gallery relie les contours estompés de Léonard au sfumato, effet de fumée qu’il utilisait aussi en peinture [1]. Autour des yeux, ce flou intensifie les regards et soutient son idée que la pensée intérieure, ou les mouvements de l’esprit, doit devenir visible dans l’expression du visage [1].
La technique montre également comment Léonard pouvait donner à un dessin l’autorité d’une peinture sans employer de couleur. Le fusain donne poids et ombre, la craie blanche avance les lumières, et les joints entre feuilles participent à l’échelle physique de l’objet. Sa construction matérielle est donc inséparable de sa force de conviction visuelle.
Le carton jette ainsi un pont entre les dessins de Léonard et ses peintures. Ce n’est pas un panneau coloré, mais il pense déjà comme une peinture. Visages, draperies et ombres créent l’atmosphère psychologique que l’on peut reconnaître dans des œuvres comme La Vierge aux rochers.
Date, fonction et mécénat
La date et la fonction du carton ont longtemps soulevé des questions. Selon la National Gallery, on le datait traditionnellement d’environ 1499–1500, en partie parce que Giorgio Vasari décrivit un carton de Léonard exposé à Florence en 1501 et attirant les foules [1]. Le musée juge aujourd’hui une date vers 1506–1508 plus vraisemblable, au vu des indices techniques et stylistiques, lorsque Léonard travaillait à Milan [1].
Cette datation plus tardive modifie le contexte. Sainte Anne et saint Jean-Baptiste évoquent Florence, où tous deux étaient largement vénérés [1]. La National Gallery suggère que Léonard a peut-être réalisé le carton à Milan et l’a proposé comme projet de retable pour la Sala del Gran Consiglio du Palazzo della Signoria à Florence, l’actuel Palazzo Vecchio [1].
Le cadre du Palazzo della Signoria importe parce que Léonard y était déjà engagé dans La Bataille d’Anghiari. La National Gallery rappelle qu’il travaillait à la peinture murale de cette bataille dans la salle depuis 1503 et que le carton pourrait relever de l’histoire, interrompue ou réorientée, de cette commande florentine [1].
La formulation la plus sûre doit donc rester conditionnelle. Le carton n’a probablement pas servi mécaniquement au transfert d’une peinture et pourrait avoir été un dessin de présentation pour un éventuel mécène. Cela ne veut pas dire que tous les détails de sa commande sont établis. Sa force tient aussi à ce qu’il témoigne d’une proposition, non d’un contrat achevé.
Le rapport avec la Sainte Anne du Louvre
Le Carton de Burlington House appartient aux recherches plus larges de Léonard sur la Vierge, l’Enfant et sainte Anne, mais il ne se confond pas avec La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne, conservée au Louvre. La National Gallery note que dans ce tableau, commencé vers 1503, Marie est également assise près de sa mère, mais que la solution picturale est différente [1] [4].
Dans le tableau du Louvre, Marie se penche vers l’Enfant Jésus, qui joue avec un agneau. Dans le carton de Burlington House, saint Jean-Baptiste enfant occupe la place de son compagnon [1]. La différence n’est pas secondaire. L’agneau oriente plus directement la peinture du Louvre vers le sacrifice futur du Christ ; Jean donne au carton de Londres une résonance spécifiquement florentine.
Cette comparaison montre que Léonard revenait à un problème de représentation de la famille sacrée au lieu de simplement se répéter. Il explorait parenté, prophétie et mouvement à travers des groupes différents. Le carton de Londres conserve une solution à grande échelle, tandis que la peinture du Louvre en conserve une autre à l’huile.
Le carton ne doit pas être considéré comme une simple version préliminaire du tableau du Louvre. La feuille de Londres possède son propre sujet, sa propre identité matérielle, ses problèmes de datation et son histoire de présentation. Elle est liée à l’œuvre du Louvre, mais ne s’y efface pas.
Provenance et origine du nom Burlington House
La provenance établie par la National Gallery retrace une longue et complexe succession de propriétaires. Après la mort de Léonard, le carton passa probablement d’abord à Francesco Melzi, puis à Bernardino Luini et à Pompeo Leoni. Galeazzo Arconati l’acquit en 1614 ; il appartint ensuite à la famille Sagredo à Venise [1].
John et Robert Udny achetèrent le dessin en 1762. Il se trouvait dans la collection de la Royal Academy dès 1779, fut transféré à Burlington House en 1868, puis acquis par la National Gallery en 1962 [1]. Ce parcours institutionnel explique pourquoi son nom usuel reste lié à son histoire londonienne.
Le nom Carton de Burlington House appartient donc à l’histoire moderne de l’œuvre à Londres. Burlington House était le bâtiment de la Royal Academy où le dessin fut exposé avant son entrée à la National Gallery [3]. Ce n’est ni le sujet du dessin ni un titre donné par Léonard, mais un surnom historique qui permet de distinguer cette feuille d’autres compositions consacrées à sainte Anne.
L’acquisition de 1962 ne fut pas un achat ordinaire. La National Gallery indique qu’elle fut rendue possible par des fonds spéciaux, des contributions et un appel au public [1]. Un effort collectif reconnut ainsi l’importance de conserver ce dessin dans une collection nationale.
Conservation et restauration
L’histoire récente du carton comprend un grave acte de dégradation. Le Technical Bulletin de la National Gallery rend compte de sa restauration après les dommages causés par un coup de fusil en 1987 [2]. L’étude examine l’histoire et les matériaux du carton, le traitement effectué, puis le papier, le revêtement de surface et les matériaux du dessin [2].
Cet épisode importe d’autant plus que la feuille est déjà matériellement complexe. Ce grand dessin assemble plusieurs feuilles de papier, ensuite montées sur toile ; il a traversé des changements de support et de conditions d’exposition. Celui qui ne voit que l’élégance du groupe sacré passe à côté d’une partie de l’histoire de l’objet.
Le dossier de restauration ne réduit pas l’œuvre à ses dommages. Il montre comment la conservation peut rendre de nouveau lisible un dessin fragile. L’aplanissement, les interventions sur le support, la remise en place de fragments et l’étude technique font tous partie de la vie moderne du carton [2].
Cette histoire renforce aussi la portée émotive de l’objet. Léonard construisit une image monumentale avec des matériaux vulnérables. Le fait qu’elle ait survécu, subi des dommages, été restaurée et continue d’être exposée fait du carton à la fois une œuvre d’art et un témoignage des soins qui lui ont été apportés.
Cette survie invite à ne pas juger le carton seulement d’après une reproduction. C’est un objet physique composé de plusieurs couches : papier, raccords, fusain, craie, montage sur toile, revêtement de surface, dommages, réparations et dispositifs de présentation. L’image diffusée révèle la conception de Léonard, mais les sources de conservation expliquent pourquoi la feuille doit aussi être considérée comme un rare témoin matériel.
Pourquoi ce carton est important
Le Carton de Burlington House est important parce qu’il conserve la pensée de Léonard à grandeur nature. Ce n’est ni une petite note préparatoire pour un tableau à venir, ni un retable achevé, ni un fragment survivant d’un projet mural. C’est une proposition complète exprimée par le dessin.
Il montre avec une clarté particulière comment Léonard pouvait faire du dessin un instrument d’invention, d’argumentation et de présentation. Des feuilles comme L’Homme de Vitruve et l’Étude de mains révèlent d’autres aspects de son intelligence graphique, mais le carton de Burlington House se distingue par son échelle et sa fonction sociale. C’est un dessin conçu pour convaincre.
On qualifie parfois le carton d’inachevé, mais ce mot peut induire en erreur s’il n’est pas précisé. Certaines zones restent ouvertes et aucun tableau définitif n’en découle directement. Pourtant, comme dessin de présentation, il est très élaboré. Les visages, les transitions de tons et les gestes entrelacés sont suffisamment développés pour rendre l’image captivante en tant qu’œuvre autonome.
Ainsi compris, le Carton de Burlington House n’est pas une œuvre secondaire attendant qu’un tableau perdu lui donne sa raison d’être. C’est l’une des grandes réalisations graphiques conservées de Léonard : une feuille monumentale où se rejoignent intimité familiale, sens théologique, pratique d’atelier et survie matérielle. Il côtoie des œuvres qui rendent visible le processus de création, telles que L’Adoration des mages et Saint Jérôme dans le désert, tout en possédant une grandeur qui lui est propre.
Questions fréquentes
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Références
- National Gallery, Londres, « Leonardo da Vinci, The Burlington House Cartoon, about 1506–8, NG6337 », notice officielle de l’œuvre., consulté le 28 juillet 2026.
- *National Gallery Technical Bulletin*, Harding, Braham, Wyld et Burnstock, « The Restoration of the Leonardo Cartoon », étude de restauration., consulté le 28 juillet 2026.
- National Gallery, Londres, « Room 51a: The Burlington House Cartoon », notice de salle., consulté le 28 juillet 2026.
- Musée du Louvre, « La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, dit La Sainte Anne », notice officielle de l’œuvre distincte du Louvre., consulté le 28 juillet 2026.


