
Le fœtus dans l’utérus
Le dessin par Léonard de Vinci d’un enfant recroquevillé dans un utérus ouvert est devenu un emblème de la découverte anatomique. La chaleur de la sanguine et la densité des lignes à la plume donnent au fœtus une présence rare dans ses pages scientifiques. Pourtant, l’image n’est ni le compte rendu transparent d’une seule dissection ni un schéma entièrement juste de la grossesse humaine. Elle associe une posture humaine convaincante, une anatomie transposée depuis une vache gestante, un raisonnement géométrique et des idées héritées sur la génération.
L’objet appartient à la Royal Collection sous le numéro RCIN 919102 et est généralement daté des environs de 1511. Les anciens catalogues distinguent ses deux faces comme RL 19102r et RL 19102v, ou y voient la huitième feuille du troisième Quaderno d’Anatomia. Elle mesure 30,4 × 22 cm. Au recto, Léonard travailla à la sanguine sur des traces de pierre noire, puis ajouta plume, encre et lavis. Le verso est principalement à la plume et à l’encre, avec un peu de sanguine transférée par contact avec une autre surface. [1] [2]
On ne peut comprendre le célèbre recto isolément. Autour du grand fœtus figurent de petites études des membranes, des attaches placentaires, des vaisseaux et de l’équilibre. Au verso, Léonard poursuit ses notes et dessins sur la reproduction, la liaison ombilicale et le développement des organes internes. Les deux faces témoignent d’une enquête qui change de direction, non d’une illustration préparée pour être publiée.
En bref
- SujetLe fœtus dans l’utérus
- Artiste et contexteLéonard de Vinci (1452–1519) et son époque renaissante
- PériodeVers 1511
- ImageLe fœtus dans l’utérus, recto
Cette étude dans la carrière de Léonard
Formation à Florence
vers 1469–1482La Cène
vers 1495–1498Le fœtus dans l’utérus
vers 1511La Joconde
à partir de 1503Sommaire
- Un corps replié sur une page
- Ouvrir les couches cachées
- La vache dans l’utérus humain
- Ce que Léonard avait compris
- Là où le raisonnement s’égara
- Une série répartie sur plusieurs feuilles
- Dessiner pour mettre à l’épreuve, pas seulement consigner
- Médecine, livres et dissection vers 1511
- Un livre projeté qui ne vit jamais le jour
- Une image saisissante, un raisonnement inachevé
Un corps replié sur une page
Le fœtus principal occupe la moitié inférieure du recto. Sa tête se penche en avant, sa colonne se courbe et ses jambes croisées se ramènent étroitement vers le torse. Les fesses se trouvent vers l’ouverture de l’utérus : il s’agit, sur le plan anatomique, d’une présentation complète par le siège. Le cordon ombilical s’enroule autour des jambes, sans que son raccordement au placenta soit montré. Dans la marge gauche, Léonard ajoute un ovaire et les vaisseaux associés. [2]
La Royal Collection rappelle que cette posture repose en grande partie sur une déduction. Léonard examina peut-être un fœtus issu d’une fausse couche et éventuellement le corps d’une femme morte en couches, mais aucun témoignage sûr ne désigne une dissection unique comme source de cette figure. Il s’interrogeait sur l’écart apparent entre la taille d’un enfant à terme et celle, bien moindre, de l’utérus non gravide vu dans un cadavre. Sur la feuille voisine RCIN 919101, il compare les deux mesures et replie plusieurs fois le fœtus pour comprendre comment le corps le plus grand pouvait tenir dans l’espace disponible. [1] [2]
L’imagerie moderne montre que la flexion de la tête, du tronc et des membres est globalement plausible et qu’un fœtus peut se présenter par le siège. Cela ne fait pas du dessin une image prénatale prise sur le vif. Les proportions, les surfaces et la pose résultent d’observations incomplètes, de la mémoire et du raisonnement. Sa précision est sélective.
Le traitement des matériaux par Léonard renforce l’impression d’une vie contenue. La sanguine établit des volumes souples. Les hachures courbes épaississent la paroi environnante et concentrent l’ombre autour du fœtus, tandis que de fins traits à l’encre distinguent les structures. L’enfant est modelé comme un corps, alors que les membranes ouvertes fonctionnent comme des couches analytiques. Martin Clayton évoque le potentiel « lové » de l’enfant, moment inhabituel où l’objectivité anatomique de Léonard s’accompagne d’un émerveillement sensible. [1] [2]
L’image reste pourtant une page de travail. Les notes serrent les dessins de près. De petits diagrammes interrompent les études de reproduction. Certaines marques corrigent des traits antérieurs au lieu de les dissimuler. Sa puissance visuelle est née de l’enquête ; Léonard ne choisissait pas entre art et anatomie.
Ouvrir les couches cachées
Impossible de montrer un utérus intact tout en révélant le fœtus qu’il contient. Léonard répond en combinant les vues. La paroi externe est découpée, les membranes s’ouvrent successivement et certaines parties paraissent en coupe. De petites esquisses sous le centre imaginent les enveloppes se déployant les unes après les autres comme des pétales. Dans la figure principale, ces couches sont écartées afin de comparer leur épaisseur et leurs relations. [2]
Il s’agit d’une démonstration construite. Aucun point de vue unique pendant une dissection ne pourrait livrer l’image entière. Léonard réunit des observations faites à différents moments et les présente simultanément. Sa méthode rappelle ses études de machines et de bâtiments : retirer une enveloppe, isoler une pièce, la répéter à une autre échelle et montrer des positions qui ne peuvent exister ensemble dans la réalité.

En haut à droite, des détails agrandis examinent la façon dont les saillies de deux surfaces pourraient s’emboîter. Ailleurs, de petites coupes testent si ces structures font relief vers l’intérieur, l’extérieur ou les deux. De tels dessins ne décorent pas les notes. Ils transforment un problème verbal — comment l’enveloppe fœtale se fixe à la mère — en un dispositif visible, susceptible d’être examiné et contesté.
La même page comporte un diagramme géométrique d’une sphère lestée sur un plan incliné. Clayton y voit une tentative d’expliquer si la tête relativement lourde du fœtus pouvait faire basculer son corps dans une position tête en bas avant la naissance. [2] Domenico Laurenza lui donne une interprétation plus large : le diagramme traite de l’équilibre statique d’un corps suspendu dans un fluide et s’inscrit dans l’habitude contemporaine de Léonard de comparer le corps d’un animal à celui de la Terre. [8] Ces lectures sont possibles et compatibles, mais aucune légende définitive de Léonard n’accompagne le diagramme.
Un autre diagramme porte sur la vision binoculaire ; les notes abordent le relief en peinture et la mécanique. Leur présence est éclairante. Léonard ne séparait pas, comme nous le faisons aujourd’hui, obstétrique, optique, statique et art. Il rapprochait les problèmes lorsqu’une géométrie ou une analogie commune les rendait féconds.
La vache dans l’utérus humainL’erreur anatomique la plus importante apparaît autour du fœtus. Léonard couvre la face interne de l’utérus de multiples attaches arrondies, ou cotylédons. Cette disposition appartient au placenta de la vache et d’autres ruminants. Le placenta humain forme un seul organe discoïde fixé à une zone limitée de la paroi utérine ; il n’est pas réparti en de nombreuses unités placentaires séparées.
On peut identifier la source de Léonard. Vers 1508, il disséqua une vache gestante et dessina son utérus à deux cornes sur la feuille RCIN 919055. Un veau occupe une corne et les parois portent de nombreux cotylédons. Dans ses notes, il chercha à expliquer comment ces multiples attaches pouvaient former un seul délivre lorsque l’utérus se contractait. [4] Les feuilles ultérieures consacrées au fœtus appliquent cette structure animale observée avec soin à un cadre supposément humain. [2] [3]
La transposition fut une erreur, mais non une fantaisie désinvolte. Il était difficile d’obtenir des corps de femmes enceintes ; leur conservation était médiocre et la dissection modifiait rapidement les tissus mous. L’anatomie comparée offrait des matériaux qu’on pouvait réexaminer et un moyen de combler les lacunes. Léonard supposait que les structures reproductrices des mammifères suivaient un même plan fondamental, qu’il ajustait ensuite à la taille et à l’espèce. Cette hypothèse fonctionnait parfois : le cœur d’un bœuf pouvait éclairer une grande part du cœur humain. Pour le placenta, la différence d’espèce était décisive.
L’erreur révèle le double tranchant de l’analogie. Une caractéristique bovine observée avec netteté devenait plus persuasive une fois dessinée par Léonard avec précision spatiale. Les détails en haut à droite analysent même l’emboîtement des cotylédons maternels et fœtaux. Un dessin d’une exactitude remarquable peut transmettre fidèlement une fausse identification lorsque le spécimen de départ appartient à une autre espèce.
Les historiens de la médecine L. Cataldi et V. Fanos estiment que l’accès limité aux grossesses humaines obligea Léonard à compléter son matériel humain par une vaste expérience des animaux. Ils distinguent également le placenta mal représenté d’observations plus justes des vaisseaux et des rapports pelviens. [6] Il faut donc évaluer la feuille structure par structure. La déclarer soit étonnamment moderne, soit simplement fausse détruirait les nuances de la preuve historique.
Ce que Léonard avait compris
Léonard comprit que le fœtus ne respire pas d’air lorsqu’il baigne dans un liquide. La question n’était pas anodine à son époque. Le Canon de la médecine d’Avicenne, essentiel à l’enseignement médical des universités italiennes, avait suscité de nombreux commentaires sur la respiration fœtale. Léonard déduisit qu’une respiration ordinaire dans un liquide entraînerait la noyade et que la vie devait donc être entretenue par la mère. [5]
Le premier point est globalement juste : avant la naissance, les échanges gazeux passent par le placenta, tandis que les poumons remplis de liquide n’assurent pas la respiration aérienne postnatale. L’explication générale de Léonard restait incomplète, mais il utilisa le milieu représenté sur la feuille pour rejeter la simple transposition de la respiration adulte dans l’utérus.
Il observa aussi attentivement les vaisseaux ombilicaux. Dans ses études de vache, il vit des vaisseaux se ramifier dans les membranes fœtales et comprit que le système vasculaire de l’enfant ne prolongeait pas directement les veines maternelles. Cette distinction est une intuition importante. De même, les échanges placentaires décrits aujourd’hui franchissent une barrière plutôt qu’une simple jonction entre les vaisseaux sanguins de la mère et du fœtus. [4] [6]
Léonard ne disposait pas du cadre cellulaire ou circulatoire nécessaire pour expliquer cet échange. Il lui restait à déterminer ce qui passait dans le cordon, comment la nourriture atteignait le foie, ce qu’il advenait des déchets et comment la vie maternelle animait l’enfant. Une observation juste et une physiologie erronée pouvaient donc cohabiter dans le même paragraphe.
La position recourbée du fœtus, les membranes qui l’enveloppent, la liaison ombilicale et certains aspects des vaisseaux utérins lui fournissaient de solides éléments du problème. Son apport fut de rendre leurs relations discutables dans l’espace. La page conduit du corps entier à son attache, puis à une interface agrandie et à une force hypothétique agissant sur lui.
Le groupe de feuilles fœtales marque aussi une correction dans le travail même de Léonard. Son ancienne représentation des organes féminins conservait l’image traditionnelle d’un utérus arrondi divisé en sept cellules, schéma repris dans l’anatomie médiévale et associé à des théories sur le sexe et la position des enfants. Dans les études reproductives ultérieures, il représenta une seule grande cavité utérine. Cette évolution rapprochait la forme humaine fondamentale de l’anatomie observée, alors même qu’il plaçait des cotylédons bovins sur sa paroi. Le progrès fut donc inégal et ponctuel : l’étude directe pouvait chasser une structure héritée sans faire disparaître l’analogie animale ni l’ancienne physiologie qui l’entouraient. [2] [7]
Là où le raisonnement s’égara
À côté de sa remarque correcte sur la respiration, Léonard écrit que le cœur du fœtus ne bat pas. C’est faux. Le cœur fœtal fait circuler le sang bien avant la naissance. L’erreur découle de sa conviction que l’enfant ne vit pas encore de façon indépendante : si sa vitalité lui venait de sa mère, pensait-il, son propre battement cardiaque pouvait être inutile. [2] [7]
Il étend ensuite cette dépendance à la philosophie naturelle. Une seule âme, suggère-t-il, gouverne mère et enfant ; les désirs, craintes et douleurs de la mère peuvent s’imprimer sur l’enfant, et une terreur soudaine peut tuer les deux. Les idées sur l’imagination maternelle eurent une longue vie dans la médecine et la culture européennes. Ici, elles ne sont pas une superstition étrangère plaquée sur une image empirique. Elles appartiennent à la tentative de Léonard d’expliquer la liaison corporelle et montrent où l’observation ne pouvait résoudre une question métaphysique. [2] [5]
Une autre erreur concerne l’urine. Sur la feuille RCIN 919101, Léonard remarque qu’un talon semble appuyer près du périnée fœtal et imagine que la miction ordinaire en est empêchée. Il propose un passage de la vessie à travers l’ombilic et le cordon, associant l’ouraque réel à une fausse explication de l’évacuation des déchets fœtaux vers l’utérus. Monica Azzolini situe cette proposition dans un débat existant. Galien et Mondino avaient décrit des canaux séparés pour la nourriture et l’urine ; Léonard et le chirurgien Berengario da Carpi défendirent une seule voie, bien que Léonard lui attribuât encore, selon les moments, des fonctions incompatibles. [5]
L’épisode est précieux parce qu’il révèle sa manière de raisonner. Une posture visible soulevait un problème mécanique. Une structure embryonnaire connue suggérait une voie. Il fit ensuite remplir à cette voie la fonction exigée par son modèle. L’enchaînement se comprend, même si la conclusion est fausse.
Son erreur sur le placenta se développa de manière comparable. La dissection bovine fournissait de vrais cotylédons ; la recherche d’un plan commun à tous les mammifères les transporta dans un utérus humain. Dans chaque cas, la page consigne à la fois la force et le risque du raisonnement par analogie.
The reverse of the famous imageLe verso apparaît rarement dans les reproductions populaires, alors qu’il change le caractère de l’objet. Des notes sur la génération entourent de petites figures. Un fœtus apparaît avec son cordon. Plusieurs dessins étudient le foie fœtal, l’estomac et la veine ombilicale, déplaçant l’attention de l’utérus enveloppant vers les transformations internes du corps en développement. Des esquisses examinent l’embryon et ses membranes ; une autre note porte sur la lumière et l’ombre. [1] [7]
Léonard s’interrogeait sur le développement, au lieu de simplement représenter un fœtus avancé. Ailleurs, il projeta un exposé ordonné, commençant par la première formation de l’enfant, suivant chaque partie à travers les étapes de la grossesse et expliquant son alimentation. Il proposa d’apprendre des œufs de poule et se recommanda d’examiner un œuf éclos. Ce programme ne fut jamais achevé, mais il élargissait l’embryologie d’une anatomie statique à une succession dans le temps. [5] [7]

Au verso, l’évolution de la taille des organes entre dans cette succession. Laurenza note que Léonard dessina d’abord le foie relativement symétrique, puis envisagea la diminution de sa partie gauche à mesure que la rate occuperait davantage de place. L’interprétation relie le développement, la variation du poids et l’équilibre du corps dans un liquide. [8] C’est une hypothèse remarquable, même si Léonard ne disposait pas de la série de spécimens humains nécessaire à un récit moderne du développement.
Les plantes participaient aussi à la comparaison. Sur la feuille apparentée RCIN 919103, il rapprocha le cordon ombilical des animaux de la tige reliant la graine à la plante mère. Noisettes, pistaches, gousses, œufs, vaches et femmes entraient dans une recherche de processus communs de génération. [2] Cette comparaison étendue pouvait révéler des ressemblances fonctionnelles, mais aussi effacer des différences anatomiques.
Recto et verso travaillent ainsi à trois échelles. L’image principale demande comment le fœtus entier trouve sa place et son équilibre. Les détails examinent la rencontre des tissus maternels et fœtaux. Le revers s’interroge sur la formation et le changement des organes internes. La feuille est moins un portrait de la grossesse qu’une carte de questions irrésolues.
Une série répartie sur plusieurs feuilles
La feuille RCIN 919102 appartient à un petit groupe, plutôt que de se suffire à elle-même. Sur RCIN 919101, Léonard fait tourner un fœtus dans plusieurs vues sans le placer dans un utérus entièrement dessiné. Cette feuille rend explicite le problème de l’espace : la longueur d’un nouveau-né, note-t-il, est d’environ un braccio, alors que la plus grande dimension de l’utérus observé chez une femme morte n’en représente qu’environ le quart. Il répète les poses fléchies pour examiner comment dilatation et repli pourraient résoudre cette contradiction apparente. [2]
La même feuille présente des muscles supposés autour du bassin et de l’abdomen. Léonard représente certaines grandes structures abdominales comme de longues bandes étroites qui se croisent et comprend mal leur rapport mécanique au pubis. Cette erreur est instructive. Il cherchait à traiter l’accouchement et le soutien du corps comme des problèmes de forces opposées, mais un vocabulaire technique familier pouvait déformer les tissus souples en nappe qu’il n’avait pas élucidés par dissection. [2]
RCIN 919103 associe les études fœtales à des dessins de rotation du bras. La feuille analyse les muscles biceps et pronateur avant de passer aux membranes ouvertes autour d’un fœtus plus petit. Le rapprochement est moins arbitraire qu’il n’y paraît. Dans les deux sujets, Léonard réduit l’épaisseur, isole les attaches et compare des états de mouvement. Un ensemble demande comment tourne l’avant-bras ; l’autre comment les enveloppes se fixent et se déploient. Sa méthode graphique circulait entre les parties du corps, même lorsque leurs fonctions différaient. [2] [3]

Ensemble, les trois feuilles dessinent une progression de questions, non le récit d’une seule grossesse. RCIN 919101 se concentre sur l’espace occupé par le corps, sa position et la mécanique pelvienne. RCIN 919102 réunit fœtus, utérus, cotylédons et membranes, puis poursuit au verso l’étude du développement des organes. RCIN 919103 examine les enveloppes et leurs attaches à côté d’une autre étude du mouvement. La séquence est conceptuelle ; le montage et le catalogage ultérieurs ne garantissent pas que les feuilles conservent leur ordre initial.
Cette distinction protège la page d’un raccourci visuel courant. Certaines reproductions réunissent des figures du groupe sous le titre pluriel Études du fœtus dans l’utérus. Ce titre convient à la série, mais peut donner l’impression que plusieurs feuilles matérielles forment une composition conçue d’un seul tenant. RCIN 919102 possède à elle seule une histoire matérielle, un verso et une disposition propres. Les autres feuilles l’éclairent sans devenir ses panneaux manquants.
Le titre anglais retenu emploie aussi « fetus », même si l’ancienne adresse contient « embryo ». Selon la terminologie actuelle du développement, « embryon » désigne normalement le stade précoce et « fœtus » la période ultérieure, après la formation des grandes parties du corps. La figure principale de l’enfant replié vise clairement un stade relativement avancé : « fœtus » est donc le terme le plus précis. Les autres études de Léonard remontent jusqu’aux embryons et aux œufs ; l’adresse héritée peut rester, à condition que l’article distingue les stades. [7]
Dessiner pour mettre à l’épreuve, pas seulement consigner
Le groupe de feuilles montre que Léonard ne dessinait pas seulement après avoir conclu. Le dessin faisait naître des questions. En répétant un corps fléchi, il pouvait comparer la place prise par différentes dispositions. En ouvrant des membranes comme des pétales, il éprouvait leur ordre. En agrandissant les cotylédons, il imaginait comment deux tissus s’emboîtent. En réduisant un fœtus lesté à une sphère sur un plan incliné, il se demandait si l’équilibre prédisait un changement d’orientation.
Chaque opération présente aussi un risque. La répétition peut faire passer une pose supposée pour une pose observée. Une coupe nette peut suggérer des frontières plus molles ou moins régulières dans un spécimen réel. Une vue éclatée peut séparer des tissus qui fonctionnent en contact continu. Un modèle géométrique peut ramener un processus biologique à une seule force. Il faut donc lire la clarté de la page comme un raisonnement, non comme une photographie.
C’est pourquoi les petits dessins comptent autant que le célèbre enfant. Ils révèlent des solutions de rechange, des corrections et des voies abandonnées. La grande figure donne à l’enquête un centre saisissant, mais les traces alentour conservent l’incertitude qu’une planche anatomique achevée effacerait d’ordinaire. L’autorité visuelle de Léonard est la plus forte lorsque le spectateur le voit encore l’éprouver.
Médecine, livres et dissection vers 1511Les études de Léonard sur la reproduction sont issues d’un champ intellectuel foisonnant. Médecins médiévaux et renaissants débattaient depuis longtemps de la conception, des différences entre les sexes, de la nutrition, de la respiration, de l’animation de l’âme et de l’utérus. Taddeo Alderotti, Tommaso del Garbo, Jacopo da Forlì et Mondino de’ Liuzzi appartenaient à une tradition universitaire italienne qui tenait le lieu caché de la génération pour un grand problème médical et philosophique. Galien et Avicenne fournissaient des textes d’autorité que l’on pouvait interpréter, contester ou confronter aux observations nouvelles. [5]
Léonard connaissait des parties de ce monde sans détenir de diplôme universitaire de médecine. Pendant l’hiver 1510–1511, il travaillait probablement à Pavie près du professeur d’anatomie Marcantonio della Torre. Un rappel sur RCIN 919102 mentionne un livre sur l’eau destiné à « Messer Marcantonio », et un passage sur les membranes fœtales pourrait être d’une autre main. Ces indices étayent l’idée d’une collaboration, mais ne permettent pas d’attribuer sûrement chaque phrase ou dessin à l’un des deux hommes. [3] [8]

La dissection n’était pas interdite en bloc par l’Église. Les écoles de médecine italiennes organisaient des dissections publiques et les médecins pratiquaient des autopsies dans certaines circonstances. L’accès, le statut social, la saison, la disponibilité des corps non réclamés et la décomposition rapide des tissus imposaient des limites pratiques. [3] Les corps de femmes enceintes étaient particulièrement rares, ce qui aide à comprendre le recours aux vaches et à d’autres animaux.
La date vers 1511 situe la campagne principale après les travaux intensifs de Léonard sur les os et les muscles dans le Manuscrit anatomique A. Les feuilles reproductives prolongent son usage rigoureux des vues multiples et des coupes, mais leurs questions se résolvent moins facilement que celles d’un tendon tiré ou d’un os mis au jour. Certains chercheurs pensent que Léonard ajouta des notes à RCIN 919102 pendant ses années romaines, après la principale campagne de dessin milanaise. [8] La page pourrait donc conserver plusieurs moments de réflexion.
Le mélange de langage empirique et philosophique était propre au problème, et ne signifie pas que Léonard avait soudain renoncé à l’observation. Le corps fœtal l’obligeait à raisonner sur des processus cachés, graduels et difficiles à reproduire. Le dessin devint le lieu de rencontre entre de rares spécimens, des livres et l’analogie.
Un livre projeté qui ne vit jamais le jour
Léonard projeta à plusieurs reprises un traité illustré d’anatomie. Ses feuilles développaient des conventions qui nous semblent ensuite familières : coupes, couches transparentes, points de vue répétés, assemblages éclatés et diagrammes de forces. Si elles avaient été ordonnées, leurs notes privées en écriture spéculaire traduites et l’ensemble publié, elles auraient pu apporter une contribution extraordinaire à l’illustration anatomique. [3]
Elles ne furent pas publiées. À la mort de Léonard en 1519, ses papiers passèrent à Francesco Melzi. Le sculpteur et collectionneur Pompeo Leoni réorganisa ensuite de nombreux dessins en albums, les séparant d’une partie du contexte de leurs cahiers d’origine. Un album contenant la plupart des études anatomiques entra dans la Royal Collection vers 1670. Les feuilles furent admirées, mais restèrent pratiquement inaccessibles aux médecins jusqu’à la publication de fac-similés et de traductions à la fin du XIXe siècle. [3] [9]
Cette histoire établit une limite essentielle. RCIN 919102 ne fonda pas l’embryologie moderne, ne guida pas la pratique obstétricale de la Renaissance et n’ouvrit pas une tradition de recherche continue. Les anatomistes ultérieurs acquirent leurs connaissances par d’autres dissections, publications et instruments. La célébrité actuelle du dessin appartient à sa vie postérieure ; elle ne prouve aucune influence à l’époque.
Son importance historique se trouve ailleurs. Peu de pages conservées montrent aussi clairement comment un chercheur de la Renaissance construisait une explication lorsque l’accès direct était fragmentaire. Léonard associa un possible fœtus humain, le placenta d’une vache, les questions de la médecine savante, des diagrammes mécaniques et une maîtrise graphique extraordinaire. Le résultat préserve l’erreur sous une forme assez précise pour qu’on puisse la diagnostiquer.
Une image saisissante, un raisonnement inachevé
Le fœtus dans l’utérus reste fascinant parce qu’il rassemble plusieurs sortes de vérité sans les réconcilier. Le corps replié convainc dans l’espace. Les membranes ouvertes démontrent une méthode puissante pour montrer des couches cachées. Les cotylédons bovins sont magnifiquement décrits et attribués à tort. La remarque sur la respiration approche la physiologie de la dépendance fœtale, tandis que l’absence supposée de battement cardiaque et l’âme partagée s’en éloignent.
L’apport de Léonard ne tient pas à ce que chacune de ses conclusions aurait anticipé la médecine moderne. Il réside dans sa capacité à rendre visibles des questions difficiles. Il demanda comment le fœtus tient dans l’utérus, se tourne, reçoit sa nourriture et change intérieurement ; comment deux systèmes vasculaires se rencontrent sans simplement fusionner ; comment un corps vivant peut rester immergé avant la naissance. Chaque question suscita un dispositif graphique différent.
Il faut lire les deux faces de RCIN 919102 comme un raisonnement inachevé. Le célèbre recto en offre la synthèse mémorable, mais le verso révèle la poursuite de l’analyse et le doute. La feuille appartient simultanément à l’anatomie comparée, à la philosophie naturelle, à la mécanique et à l’histoire du dessin. Ses erreurs montrent les limites imposées par les corps disponibles et les idées reçues ; son intelligence visuelle révèle jusqu’où un chercheur pouvait aller à l’intérieur de ces limites.
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Références
- Royal Collection Trust, « The fetus in the womb; sketches and notes on reproduction », RCIN 919102. Voir la source
- Martin Clayton et Ron Philo, *Leonardo da Vinci: Anatomist* (Royal Collection Trust, 2012), notice 71. Voir la source
- Martin Clayton, « Leonardo's Study of Anatomy », Royal Collection Trust. Voir la source
- Royal Collection Trust, « The uterus of a gravid cow », RCIN 919055. Voir la source
- Monica Azzolini, « Leonardo inside out », *Thinking 3D*. Voir la source
- L. Cataldi et V. Fanos, « Leonardo da Vinci and his studies on the human fetus and the placenta », *Acta Biomedica* 71, supplément 1 (2000), p. 405–406. Voir la source
- E. C. G. A. Fernandes et collaborateurs, « The Renaissance of Reproductive Science: Leonardo da Vinci's Anatomical Contributions », *Reproductive Sciences* (2025). Voir la source
- Domenico Laurenza, « Un caso non noto dell'analogia micro-macrocosmica in Leonardo », *Mefisto* 5, no 1 (2021), p. 75–84. Voir la source
- Royal Collection Trust, « Leonardo in the Royal Collection ». Voir la source


