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Tom Gurney BSc (Hons) est spécialiste de l’histoire de l’art depuis plus de 20 ans

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Portrait sculpté de Pablo Picasso réalisé par Pablo Gargallo en 1913.
Portrait sculpté de Pablo Picasso réalisé par Pablo Gargallo en 1913. Référence de l'image.

Introduction

Picasso a laissé beaucoup de paroles, mais toutes les phrases imprimées sous son nom ne sont pas aussi bien documentées. Une remarque inscrite dans son propre carnet n’a pas le même statut qu’une conversation rapportée des années plus tard ; une traduction anglaise approuvée par l’artiste diffère encore d’une phrase espagnole reconstruite après coup pour paraître originale. Les citations ci-dessous constituent une petite sélection guidée par les sources. Chacune est accompagnée d’assez de contexte pour comprendre de quoi parlait Picasso, et non seulement pour en faire une phrase d’affiche.

Trouver plutôt que « rechercher » : la déclaration de 1923

En 1923, Picasso s’entretient en espagnol avec l’artiste et écrivain Marius de Zayas. Selon un catalogue ultérieur du Museum of Modern Art, Picasso approuve le manuscrit de de Zayas avant qu’une traduction anglaise paraisse sous le titre « Picasso Speaks » dans The Arts au mois de mai. Cette histoire rend la déclaration publiée particulièrement précieuse, tout en donnant une raison de ne pas prendre sa formulation anglaise pour la transcription mot à mot des paroles espagnoles de Picasso. [1]

En bref

  • Objectif : Rattacher une petite sélection des paroles de Picasso à leurs sources
  • Documents : Un carnet de 1963, des déclarations publiées et des conversations consignées
  • À lire avec soin : Vérifier le contexte original et si la formulation anglaise est une traduction

Sommaire

  1. Trouver plutôt que « rechercher » : la déclaration de 1923
  2. Ce qui se passe pendant la création d’une peinture : l’entretien de 1935
  3. Peinture et politique : une déclaration de 1945
  4. « La peinture est plus forte que moi » : le carnet de 1963
  5. Paroles célèbres attribuées à Picasso qui demandent vérification
  6. Comment citer les paroles de Picasso

« Trouver, voilà l’essentiel. » [1]

Cette phrase suit la critique, par Picasso, de l’importance alors donnée au mot recherche dans la peinture moderne. Il contestait un récit selon lequel une peinture compterait en raison des intentions déclarées du peintre ou de sa recherche de nouveauté. Dans la même déclaration, il affirme que ce qu’un artiste fait réellement compte davantage que ce qu’il avait prévu de faire. La courte phrase est souvent réduite à « Je ne cherche pas, je trouve », mais la version citée ici traduit la formulation publiée dans la déclaration anglaise contemporaine reproduite par le MoMA. La différence tient en peu de mots, mais elle est considérable du point de vue des preuves : l’aphorisme familier reste une paraphrase tant que son histoire textuelle propre n’est pas établie. [1]

La même déclaration de 1923 contient l’une des remarques les plus connues de Picasso : [1]

« L’art est un mensonge qui nous fait prendre conscience de la vérité » [1]

Il ne dénonçait pas l’art comme une fraude. Dans le passage environnant, il soutenait qu’une œuvre d’art n’est pas la nature elle-même, même lorsqu’elle nous convainc d’une vérité. La formule appartient à une réflexion sur la représentation : les artistes construisent des images, et il ne faut pas prendre cette construction pour une incapacité à voir le monde. L’annonce de l’exposition de 1939 du MoMA répétait le passage, attestant son existence au-delà des recueils de citations ultérieurs. Pour citer l’une ou l’autre phrase de 1923, indiquez de Zayas et la publication traduite plutôt que d’attribuer une phrase française à une conversation non précisée. [1] [2]

Ce qui se passe pendant la création d’une peinture : l’entretien de 1935

Christian Zervos publie une « Conversation avec Picasso » dans les Cahiers d’art en 1935. La présentation du Centre Pompidou[3] situe cet échange informel à Boisgeloup. Dans la version anglaise donnée par le catalogue du MoMA, Picasso dit, selon notre traduction française : [1] [3]

« Une peinture n’est pas pensée et fixée d’avance. » [1] [3]

Il poursuit en décrivant une image qui change avec ses pensées : des formes sont ajoutées, modifiées et retirées. Cela corrige utilement l’idée qu’une peinture cubiste aurait été entièrement calculée avant que le pinceau touche la surface. [1] [3]

L’entretien est un témoignage solide de la manière dont Picasso décrivait son travail en 1935. Ce n’est toutefois pas un manifeste écrit de sa main. Zervos a sélectionné et consigné les remarques, et les versions anglaises ultérieures ajoutent une traduction. Cette chaîne compte lorsqu’un slogan condensé tel que « Tout acte de création est d’abord un acte de destruction » est présenté comme une phrase exacte et autonome. Le point assuré est plus précis : Picasso décrit une peinture qui se fait par changements successifs, y compris par retrait. Ses nombreux dessins et les révisions d’œuvres particulières permettent d’éprouver cette affirmation sur des objets, au lieu de seulement répéter une maxime. [1] [3]

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Peinture et politique : une déclaration de 1945

Les paroles de Picasso sur Guernica sont inséparables de la guerre civile espagnole et de la vie politique ultérieure du tableau. Le projet de recherche du Museo Reina Sofía[4] retrace un entretien en anglais mené par Jerome Seckler, publié dans New Masses le 13 mars 1945, et son traitement dans le catalogue Picasso du MoMA de 1946. Dans ce document, Picasso rejette l’idée qu’une peinture serait faite simplement pour décorer un intérieur : [4]

« C’est un instrument de guerre pour attaquer et se défendre contre l’ennemi » [4]

Cette déclaration est souvent citée comme une définition universelle de la peinture. Son contexte immédiat est plus précis et plus incisif : la politique de l’œuvre de Picasso pendant et après la guerre, en particulier Guernica. Le Reina Sofía souligne aussi que certains récits ultérieurs ont pu atténuer cette force politique. Une citation responsable doit nommer l’entretien et sa date, sans confondre la remarque de 1945 avec la déclaration distincte de Picasso, en 1937, contre la rébellion militaire en Espagne. Toutes deux éclairent le tableau ; elles ne sont pas une seule phrase interchangeable. [4]

« La peinture est plus forte que moi » : le carnet de Picasso de 1963

Ici, la source n’est pas du tout un entretien. Le Musée national Picasso-Paris[5] catalogue une inscription au crayon sur la troisième couverture d’un carnet, numéro d’inventaire MP1886. Picasso la date du 27 mars 1963. Le texte français original dit : [5]

« La peinture est plus forte que moi » [5]

Le reste de l’inscription précise que la peinture lui fait faire ce qu’elle veut. C’est une description volontairement paradoxale venant d’un artiste qui, depuis des décennies, changeait de techniques, de styles et de méthodes. Elle ne prouve pas qu’il travaillait sans décision ni discipline ; elle dit comment il a choisi de décrire, à cet instant, la pression exercée par la création d’une image. Contrairement à un souvenir de parole, les mots et la date sont consignés sur un objet catalogué par le musée. La forme manuscrite rappelle aussi que le geste d’écriture constitue une partie de la preuve historique, même si la reproduction de la page exigerait une décision distincte concernant les droits. [5]

Paroles célèbres attribuées à Picasso qui demandent vérification

L’ancienne page de citations de pablopicasso.net réunissait de nombreuses phrases familières sans identifier, pour chacune, un livre, un entretien, une lettre ou un manuscrit daté. Elle donnait même deux variantes de la phrase sur « chaque enfant est un artiste ». Nous n’avons retenu ni ces variantes, ni « les bons artistes copient, les grands artistes volent », ni la phrase sur les ordinateurs dans cette sélection vérifiée. Cela n’établit pas que Picasso ne les a jamais prononcées. Cela signifie qu’une page de citations affirmatives exige davantage que la répétition d’une phrase sur d’autres sites de citations.

Une longue formule sur Dora Maar, présente sur l’ancienne page, demande une prudence exceptionnelle. La priver de son contexte transformerait un récit chargé concernant une personne réelle et sa représentation en trait d’esprit facile. Les relations entre Picasso, Maar et les œuvres de la Femme qui pleure méritent une étude fondée sur les sources, où la carrière artistique de Maar reste visible au lieu d’être réduite à une remarque rapportée.

Comment citer les paroles de Picasso

Pour les remarques de 1923, citez la déclaration de Picasso à Marius de Zayas, « Picasso Speaks », The Arts, mai 1923, et précisez que la version anglaise publiée était traduite de l’espagnol. Pour l’entretien de 1935 sur le travail pictural, citez « Conversation avec Picasso » de Zervos, Cahiers d’art, 1935, nos 7–10, en indiquant l’édition ou la traduction effectivement utilisée. Pour la déclaration politique de 1945, citez l’entretien de Jerome Seckler dans New Masses, 13 mars 1945. Pour la phrase de 1963, citez la notice du carnet du Musée national Picasso-Paris, MP1886 (3c), daté du 27 mars 1963. Une formule sans un tel cheminement peut rester mémorable, mais elle n’est pas encore une citation de Picasso vérifiée. [1] [3] [4] [5]

Discussion

Appuyez-vous sur les sources et sur votre propre observation pour expliquer votre point de vue. Il s’agit de questions éditoriales, et non de commentaires de lecteurs.

Pistes de réflexion

Observation attentive

En quoi le carnet de 1963 diffère-t-il des conversations publiées ?

Contexte

Qu’est-ce qui change lorsque la formulation passe par une traduction ?

Question ouverte

Le contexte d’origine d’une remarque appuie-t-il la manière dont elle est citée aujourd’hui ?

Participez à la discussion

Quelle interprétation correspond le mieux aux preuves ?

Références

  1. MoMA, Picasso: Forty Years of His Art, comprenant les déclarations de 1923 et de 1935. Source PDF non liée.
  2. MoMA, annonce de l’exposition de 1939 citant la déclaration de 1923. Source PDF non liée.
  3. Le Centre Pompidou sur Christian Zervos et l’entretien de 1935
  4. Le Museo Reina Sofía sur l’entretien de Picasso en 1945 et Guernica
  5. Musée national Picasso-Paris, carnet MP1886

Crédits des images

  1. Didier Descouens. CC BY-SA 4.0. Source : Wikimedia Commons. Redimensionnée à 1 024 px ; sans recadrage. Notice de la source. Licence.