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Tom Gurney BSc (Hons) est spécialiste de l’histoire de l’art depuis plus de 20 ans

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Illustration naturaliste d’un maquereau du XIXe siècle ; ce n’est pas le dessin de Picasso.
Illustration naturaliste d’un maquereau du XIXe siècle. Cette image montre le poisson, et non le dessin de Picasso. Référence de l’image.

Introduction

Picasso dessina une femme nue et un poisson sur une carte assez petite pour tenir dans une main. Les bras de la femme se lèvent derrière sa tête et forment une grande ouverture dans le haut de la composition. Plus bas, un poisson se dresse presque verticalement entre ses jambes. Quelques touches de couleur interrompent l’encre sombre et le lavis. C’est Le Maquereau : un dessin explicite et compact où un jeu de mots français et la forme matérielle de la carte comptent autant que le sujet surprenant. [1] [4]

L’original appartient au Museu Picasso de Barcelone[1], sous le numéro d’inventaire MPB 50.497. Sa notice actuelle le date de 1902, situe sa réalisation à Barcelone et le décrit comme un dessin à la plume et à l’encre, au lavis et aux crayons de couleur sur une carte postale publicitaire imprimée. Il mesure 13,3 × 9,1 centimètres. Certains catalogues d’exposition donnent la fourchette plus large 1902–1903, mais la notice actuelle du musée détenteur constitue le repère le plus solide pour cette page. Il s’agit d’un dessin sur une carte commerciale réemployée, non d’une peinture à l’huile, d’une suite de 1934 ou d’une image quelconque de poisson. [1] [2]

En bref

  • Titre français : Le Maquereau
  • Date : 1902 selon le musée détenteur ; 1902–1903 dans une liste d’Orsay
  • Technique et support : Plume, encre, lavis et crayon de couleur sur une carte postale publicitaire imprimée
  • Collection : Museu Picasso de Barcelone, MPB 50.497

Le Maquereau dans la carrière de Picasso

Œuvres choisies
18901910193019501960

Le Maquereau

1902 ; parfois catalogué 1902–1903

Série des Ménines

1957

La datation de l’œuvre mise en évidence tient compte des précisions données dans les sources de cette page. Les autres œuvres sont des points de comparaison choisis, non le début ou la fin d’un style.

Sommaire

  1. Que voit-on sur la carte ?
  2. Le second sens du titre français
  3. Un dessin érotique de la période bleue
  4. Pourquoi la date varie selon les catalogues

Que voit-on sur la carte ?

La femme regarde le spectateur. Sa tête penche légèrement ; des cheveux sombres entourent son visage pâle. Ses bras se plient vers l’extérieur, et ses mains semblent derrière ou près de sa tête plutôt que tendues vers le poisson. Un lavis brun remplit des formes libres autour des épaules et des côtés du buste, tandis que le torse conserve largement la clarté du fond de la carte. De petites marques colorées attirent l’attention sur les cheveux, les seins, la région pubienne et le poisson. Picasso utilise juste assez de détails pour rendre la rencontre sans ambiguïté, sans construire de pièce ni de paysage autour des figures. [1]

Le poisson n’est ni posé sur une table ni en train de nager. Il est dressé sous la femme. Son œil rond et son corps effilé permettent de reconnaître l’animal, tandis que sa position et un contact rouge semblable à une langue l’inscrivent dans une scène érotique. Aucune figure masculine distincte n’apparaît. L’action visuelle repose sur l’étrangeté d’un poisson occupant la place où l’on pourrait attendre un corps, une main ou un partenaire sexuel. L’image est ludique et graphique, mais son sujet est aussi délibérément sexuel ; le dissimuler sous des mots vagues empêcherait de comprendre ce que Picasso a dessiné. [1]

Il est facile de perdre de vue l’échelle sur Internet. L’original, haut d’un peu plus de 13 centimètres, n’a pas la présence physique d’une grande toile de la période bleue. Ses lignes paraissent rapides et le support réemployé a pu faciliter l’expérimentation, mais le petit format ne signifie pas négligence. La figure occupe une grande part de la carte. Les jambes écartées, les bras levés et le poisson vertical forment un axe ; les cheveux foncés et le lavis donnent du poids à la moitié supérieure. Une image dépouillée peut néanmoins être rigoureusement composée. [1]

Le support compte lui aussi. Le musée de Barcelone l’identifie comme une carte publicitaire imprimée pour Juñer Hnos., successeurs de Suari y Juñer. Picasso ne commença pas sur une feuille vierge spécialement préparée. Il dessina par-dessus un imprimé commercial. La notice ne dit ni pourquoi il choisit cette carte, ni si elle était destinée à une personne précise, ni si elle fut jamais expédiée. La qualifier de « carte postale » dans la description de la technique ne répond à aucune de ces questions. Nous connaissons le matériau sur lequel il travailla, non les circonstances d’un échange privé. [1]

Cette différence entre original et reproduction importe aussi pour une autre raison. Beaucoup d’images en ligne recadrent étroitement la carte ou l’agrandissent jusqu’au format d’une affiche. L’agrandissement peut donner au dessin l’apparence d’une grande peinture achevée. La technique et les dimensions données par le musée rétablissent sa véritable échelle et sa texture : marques de plume, de lavis et de crayon de couleur sur une surface déjà imprimée. Sa spontanéité apparente se comprend mieux lorsque le support reste présent dans l’histoire. [1]

Le second sens du titre français

En français courant, maquereau désigne un poisson. C’est aussi un mot familier pour un proxénète, comme le documentent le Larousse[4] et l’Académie française[4]. La traduction anglaise, The Mackerel, garde le poisson mais perd le sens argotique. Dans un dessin sexuel, il est difficile d’ignorer ce double sens. Le titre peut faire paraître l’animal comme davantage qu’un substitut absurde à un partenaire humain. [4]

Cela ne règle pas toutes les questions que soulève la scène. Un calembour aide à regarder ensemble titre et image ; ce n’est pas une déclaration conservée de Picasso sur ses intentions. Le mot ne prouve pas non plus que la femme représentée travaillait dans la prostitution, et encore moins qu’il s’agissait d’un modèle réel identifiable. Avec un nu anonyme, le risque de transformer une plaisanterie visuelle en biographie est particulièrement grand. On peut décrire le contact dessiné par Picasso et les sens français accessibles au spectateur sans inventer l’identité ni la situation de cette femme. [4]

L’œil du poisson, les touches bleues et le petit accent rouge lui donnent une présence expressive, mais nul symbolisme compliqué n’est nécessaire pour comprendre la feuille. Sa force vient du rapprochement de deux corps reconnaissables dans une relation qui bouscule l’échelle et les convenances ordinaires. Le titre offre un détour verbal qu’une lecture uniquement anglaise pourrait manquer. L’image transforme alors ce détour en rencontre littérale entre une femme et un poisson. [1] [4]

Il faut enfin distinguer la netteté d’une image de la certitude de son interprétation. Picasso pouvait mêler humour, provocation, désir et jeu de mots sans laisser une clé unique du dessin. Le poisson et la femme sont visibles ; la plaisanterie privée exacte, son public et la réaction attendue ne sont pas documentés dans la notice publique du musée. Une histoire de l’art fiable commence par cette limite au lieu de la combler par l’allégorie préférée d’un auteur ultérieur. [1] [4]

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Un dessin érotique de la période bleue

La date peut surprendre qui associe la période bleue de Picasso uniquement aux peintures mélancoliques de la pauvreté, de la cécité ou de l’isolement. Ces tableaux comptent, mais ne résument pas toute sa production d’alors. L’exposition Picasso bleu et rose du Musée d’Orsay[2] plaçait des dessins érotiques et des feuilles caricaturales à côté des œuvres plus sombres de 1901–1903. Le Maquereau appartient à cette pratique initiale plus vaste. Son ton irrévérencieux n’impose pas de le reclasser dans un autre mouvement. Le guide de la période bleue situe cette coexistence dans l’ensemble des œuvres de 1901–1904. [2]

En 1902, Picasso travaillait entre Paris et Barcelone ; le musée détenteur situe précisément ce dessin à Barcelone. Il répertorie, pour ces années, d’autres dessins de personnages, d’animaux, des caricatures et des sujets érotiques. La carte commerciale inscrit Le Maquereau dans un univers de marques rapides et transportables plutôt que dans une commande d’atelier ou un tableau destiné à un Salon public. La carte peut suggérer l’informalité, mais l’historique des expositions du musée montre que les institutions ultérieures ont jugé cette petite œuvre digne d’une attention soutenue. [1] [2]

Ce support le rapproche aussi d’un groupe de dessins de Picasso sur des cartes imprimées associées à l’entreprise Junyer. Un autre dessin érotique, montrant une femme et un céphalopode et étudié par Ricard Bru dans les recherches du musée Picasso de Barcelone sur les Images secrètes (PDF cité sans lien), fut réalisé sur une carte apparentée en 1903. Bru compare cette imagerie érotique aquatique au Maquereau. La comparaison montre que Picasso revint à d’improbables rapprochements entre créatures marines et corps féminin. Elle ne fait pas de la feuille au poulpe une autre version du dessin au poisson et ne prouve pas que les deux furent faites ensemble. [3]

L’exposition Images secrètes : Picasso et l’estampe érotique japonaise du musée barcelonais[3] rapprochait les œuvres érotiques de Picasso d’estampes japonaises, dont il possédait certaines, et explorait aussi l’intérêt européen pour ces images. Le Maquereau figure dans l’historique des expositions de la notice pour cette manifestation de 2009–2010. C’est une comparaison soigneusement formulée, non la preuve que Picasso avait devant lui une estampe japonaise particulière lorsqu’il dessina la carte en 1902. Un commissaire ultérieur peut éclairer une image sans transformer toute ressemblance en emprunt direct. [1] [3]

Le rôle de l’animal est donc plus précis que l’affirmation générale selon laquelle Picasso aimait les poissons ou mêla plus tard les formes humaines et animales. Ici, un véritable poisson et une figure humaine occupent une disposition délibérément sexuelle sur une petite carte. L’humour de l’œuvre tient au mot français, sa forme à la carte et aux marques, son contexte plus large à des dessins précoces qui ne se limitaient pas à l’atmosphère publique des peintures de la période bleue. [1] [2] [3] [4]

Pourquoi la date varie selon les catalogues

La notice actuelle de Barcelone[1] indique 1902 et 13,3 × 9,1 centimètres. La liste française du Musée d’Orsay pour Picasso bleu et rose (PDF cité sans lien) donne le même numéro d’inventaire, MPB 50.497, mais la date 1902–1903. Les deux documents parlent du même dessin. La fourchette plus large exprime une prudence de catalogage, non l’existence d’un second Maquereau créé en 1903. [1] [2]

Pour identifier l’œuvre, le numéro d’inventaire et la technique sont plus utiles que d’ériger une seule année en frontière absolue. La notice publique utilisée ici ne donne pas de jour ni de mois. Cette page suit la date actuelle du musée détenteur tout en signalant la fourchette historique. Elle ne rattache pas à MPB 50.497 le dessin de 1934 mentionné sur l’ancien site. Une image érotique ultérieure peut appeler une comparaison, mais son titre, sa date, sa technique, sa collection et ses preuves doivent être établis séparément. [1] [2]

Le musée indique que Le Maquereau entra dans sa collection par le legs Garriga Roig en 1953. Depuis, il a figuré dans des expositions sur les premiers dessins de Picasso, l’érotisme et les années bleues et roses, notamment l’exposition du Musée d’Orsay de 2018–2019[2] et une exposition parisienne de dessins de 2023–2024[1]. Ces présentations ne changent pas sa nature de petit dessin conservé par le musée de Barcelone ; elles montrent à quel point cette carte apparemment mineure a été réévaluée. [1] [2]

L’œuvre invite surtout à voir combien peu de moyens Picasso employa. Les bras levés encadrent le visage ; le lavis rassemble le haut du corps ; de fines lignes décrivent le torse et les jambes ; la forme verticale du poisson complète la plaisanterie sexuelle. Le titre français ajoute un second sens que « The Mackerel » ne peut porter à lui seul. Ce n’est ni un célèbre tableau de la période bleue ni une annonce cryptique de tous les dessins érotiques ultérieurs. C’est une image concise de 1902 dont le matériau, le jeu de mots et la disposition explicitement sexuelle méritent d’être compris pour eux-mêmes. [1] [4]

Discussion

Appuyez-vous sur les sources et sur votre propre observation pour expliquer votre point de vue. Il s’agit de questions éditoriales, et non de commentaires de lecteurs.

Pistes de réflexion

Observation attentive

Comment le petit format et le support imprimé influencent-ils le dessin ?

Contexte

Qu’apporte le double sens français de « maquereau », et que ne prouve-t-il pas ?

Question ouverte

Quels détails de la notice distinguent cette feuille d’une œuvre ultérieure de sujet voisin ?

Participez à la discussion

Quelle interprétation correspond le mieux aux preuves ?

Références

  1. Museu Picasso de Barcelone, notice du Maquereau ; version catalane ; version espagnole.
  2. Musée d’Orsay, liste française de Picasso bleu et rose (PDF ; lien omis) ; présentation de l’exposition.
  3. Museu Picasso de Barcelone, Images secrètes : Picasso et l’estampe érotique japonaise (présentation catalane) ; essai espagnol de Ricard Bru (PDF ; lien omis).
  4. Larousse, maquereau ; Académie française, les deux sens du mot.

Crédit de l’image

  1. H. L. Todd. Domaine public. Source : Wikimedia Commons. Redimensionné à 1 024 px, sans recadrage. Notice de la source. Licence.