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Tom Gurney BSc (Hons) est spécialiste de l’histoire de l’art depuis plus de 20 ans

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Bouquet de fleurs dans un vase de Gustave Courbet ; nature morte contextuelle, et non l’image de Picasso.
Bouquet de fleurs dans un vase de Gustave Courbet. Cette nature morte apporte un contexte floral ; ce n’est pas le dessin de Picasso. Référence de l’image.

Introduction

Deux mains se rejoignent autour d’un bouquet de fleurs. L’une vient de gauche, l’autre de droite ; aucune n’appartient à une personne visible. De longues tiges vertes montent vers des fleurs vives et dépouillées sur un fond blanc autrement vide. Picasso data le dessin du 21 avril 1958. Il devint l’image d’un rassemblement international pour la paix à Stockholm en juillet de cette année-là, et ce simple geste de donner — ou de recevoir — a continué à circuler depuis. [1] [3]

L’image porte souvent les titres Bouquet of Flowers, Bouquet of Peace ou Hands with Flowers. Un titre français plus précis est Fleurs et mains, attaché à la notice photographique du dessin original dans les archives du Musée national Picasso-Paris[1]. La distinction importe : le dessin daté, l’affiche du congrès de 1958, les estampes ultérieures sans texte et les reproductions modernes ne forment pas une seule œuvre matérielle. Ils reprennent le même motif sous des formes différentes. Cette page étudie l’image des mains et des fleurs de Picasso et son passage du dessin à un appel public pour la paix. [1] [2]

En bref

  • Autres titres : Bouquet de la paix ou Fleurs et mains
  • Date du dessin : 21 avril 1958
  • Contexte initial : Image pour un rassemblement international pour la paix à Stockholm

Le Bouquet de fleurs dans la carrière de Picasso

Œuvres choisies
18901910193019501960

Série des Ménines

1957

Bouquet de fleurs

dessin daté de 1958

La datation de l’œuvre mise en évidence tient compte des précisions données dans les sources de cette page. Les autres œuvres sont des points de comparaison choisis, non le début ou la fin d’un style.

Sommaire

  1. Que montrent les mains et les fleurs ?
  2. Le dessin original et sa date
  3. Pourquoi fut-il réalisé pour Stockholm ?
  4. Du crayon de couleur à l’affiche et à l’estampe
  5. Le titre et le sens d’un don

Que montrent les mains et les fleurs ?

Picasso construit la composition avec remarquablement peu d’éléments. Quatre grosses fleurs portent des bleus, rouges, jaunes et orangés intenses. Des tiges vertes parcourent presque toute la hauteur de la feuille. Quelques feuilles sombres et hérissées interrompent leur élan vertical. Les mains sont surtout des contours noirs, sans la couleur qui rend les fleurs si visibles. L’une serre les tiges plus haut ; l’autre les soutient en bas. Les bras entrent par des côtés opposés, de sorte que l’espace entre eux devient le lieu d’une rencontre. [1]

Il n’y a ni table, ni vase, ni jardin, ni horizon. Aucun portrait non plus ne révèle qui donne les fleurs et qui les reçoit. Les tiges cachent en partie les points exacts où les doigts les saisissent, tandis que les bras dessinent une bande horizontale souple au milieu du format vertical. La couleur se rassemble en haut et la ligne en bas. Même d’un seul regard, l’œil peut suivre un mouvement d’un côté de la page à l’autre, puis remonter le long des tiges. [1]

Il est naturel de décrire le geste comme un échange. La boutique du musée Picasso de Münster[3] décrit un bouquet passant d’une main à l’autre. Mais l’image ne fixe pas un instant unique : les mains partagent peut-être encore son poids. Cette petite ambiguïté fait partie de sa force. Le spectateur reconnaît un cadeau sans qu’on lui raconte une histoire intime sur deux personnes particulières. Nommer les mains « frères », amants, nations ou tout autre couple précis dépasserait ce que Picasso représente effectivement. [3]

Les fleurs elles-mêmes sont des inventions plutôt que des spécimens botaniques. Des cœurs arrondis et de courts traits de pétales leur donnent la franchise d’un dessin d’enfant, mais « enfantin » ne signifie pas forcément négligé. Picasso simplifie chaque fleur pour que couleur et rythme se lisent rapidement, même à la distance d’une affiche dans la rue. Le papier blanc laisse de la place à chaque tige et à chaque contour. La composition peut porter un message public parce qu’il n’est pas nécessaire de connaître un long récit pour la comprendre. [1] [3]

Le dessin original et sa date

Les archives du musée Picasso de Paris répertorient une photographie d’un dessin aux crayons de couleur intitulé Fleurs et mains, daté du 21 avril 1958 dans le titre de l’œuvre. Elles identifient le motif photographié par la référence Zervos XVIII, 55, utilisée dans un catalogue de référence, et indiquent que la photographie d’archives fut réalisée pour la Galerie Louise Leiris. C’est une preuve particulièrement utile pour une image souvent rencontrée seulement sous forme de reproduction : elle établit l’existence d’un dessin original aux crayons de couleur derrière les versions imprimées ultérieures. [1]

Il faut lire cette archive avec soin. Son numéro d’inventaire APPH10797 appartient à la photographie, non au dessin. La technique gélatino-argentique et la mesure d’environ 21 centimètres décrivent le tirage photographique. L’archive ne dit pas pour autant que le musée possède le dessin original de Picasso ou que celui-ci fut réalisé en gélatino-argentique. La date propre de la photographie n’est pas indiquée dans cette notice ; elle est distincte du 21 avril 1958 attaché au dessin représenté. [1]

La notice d’archives conservée établit l’existence de l’original et sa relation à une référence de catalogue connue, mais elle ne constitue pas un catalogue actuel complet de la feuille originale. Le document public utilisé ici ne permet notamment pas de vérifier où l’on peut aujourd’hui voir le dessin. Cette limite mérite d’être respectée alors que tant de versions imprimées s’accompagnent en ligne de la prétention d’être un « original ». Une reproduction de l’image et une notice de conservation de la feuille aux crayons de couleur répondent à des questions différentes. [1]

La date corrige aussi une erreur courante. Picasso ne créa pas le motif en juillet sous prétexte que l’événement de Stockholm se tint alors. L’inscription visible dans de nombreuses versions se lit « 21.4.58 ». Le dessin précède le congrès de juillet de près de trois mois. Une date imprimée dans une image peut établir celle du motif reproduit, mais ne date pas chaque feuille tirée à partir de lui. [1]

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Pourquoi fut-il réalisé pour Stockholm ?

L’image du bouquet fut utilisée pour un congrès pour la paix tenu à Stockholm du 16 au 22 juillet 1958. Une enquête historique du gouvernement suédois[3] situe cette rencontre internationale à Eriksdalshallen et décrit son contexte de désarmement et de coopération internationale. La boutique du musée Picasso de Münster[3] identifie indépendamment le bouquet de Picasso comme un projet pour l’affiche du congrès. C’était une image politique destinée à circuler, non une affiche d’exposition annonçant une présentation de Picasso. [3]

Le contexte était plus complexe qu’un souhait intemporel d’harmonie. C’était la guerre froide ; les débats sur les armes nucléaires, la coopération et l’influence soviétique façonnaient le mouvement pour la paix. L’enquête suédoise mentionne à la fois un comité international de soutien et de vives divergences sur les positions du mouvement, notamment des critiques après l’intervention soviétique en Hongrie. Ces faits ne nous disent pas ce que chaque passant pensait de l’affiche de Picasso. Ils expliquent en revanche pourquoi « paix » sur un mur de rue en 1958 était une revendication politique actuelle, et non une simple légende décorative sous des fleurs. [3]

Picasso avait déjà fourni une image très différente au mouvement. En 1949, Louis Aragon choisit l’une de ses colombes pour l’affiche du congrès parisien pour la paix, comme le rapporte la chronologie du Musée national Picasso-Paris[1]. Le bouquet de 1958 ne remplace pas cette colombe précise et n’en devient pas une autre version. Un oiseau peut évoquer la paix comme emblème ; deux mains et un bouquet montrent un acte humain. L’idée de paix passe par un objet offert et une rencontre au centre de la feuille. [1] [3]

La relation politique de Picasso avec les campagnes organisées pour la paix ne fut pas sans tension. La chronologie du musée parisien note sa participation, en 1956, à une lettre collective sur la Hongrie. C’est un rappel : on ne peut fondre toutes ses affiches dans une histoire simple de fidélité au parti ou d’accord universel. À propos de Fleurs et mains, on peut affirmer quelque chose de plus limité et de plus solide : Picasso dessina ce motif en avril 1958 ; il fut utilisé en juillet pour un appel à la paix à Stockholm ; les spectateurs découvrirent ses fleurs dans un cadre politique public. [1] [3]

Du crayon de couleur à l’affiche et à l’estampe

L’histoire des impressions explique une grande part de la confusion autour du nom et de la technique de l’œuvre. Le dessin original était réalisé aux crayons de couleur. Les affiches du congrès reprenaient ce motif avec le texte de l’événement. D’autres feuilles imprimées omettent le texte et ne montrent que les mains et les fleurs. D’autres reproductions apparurent encore plus tard, parfois encadrées et vendues sous des titres anglais tels que Bouquet of Peace. L’absence de texte du congrès sur une image ne suffit pas à en faire le dessin original de Picasso. [1] [2] [3]

Les notices de collection rendent cette distinction visible. L’University of Michigan Museum of Art[2] conserve une lithographie en couleurs sur papier de 1958, répertoriée comme Fleurs et mains (Flowers and Hands); After the crayon drawing, numéro d’acquisition 1964/2.146. Son libellé précise exactement ce qu’est la feuille : une œuvre imprimée d’après le dessin. Le Kunstmuseum Den Haag[2] répertorie de même son exemplaire comme une reproductie naar tekening — une reproduction d’après le dessin. Aucune de ces notices ne permet de qualifier chaque image du bouquet d’œuvre originale sur papier. [2]

Les descriptions des estampes varient parce qu’elles se rapportent à des objets différents et emploient parfois « lithographie » au sens large. Un catalogue français d’Artcurial[4] décrit un exemplaire numéroté sans texte comme une lithographie offset en couleurs d’après Picasso, liée à l’affiche ; un catalogue allemand de Neumeister[4] décrit aussi une estampe sans texte d’après le dessin aux crayons de couleur. L’imprimeur nommé dans les notices d’affiche appartient à l’affiche imprimée, non à la création du dessin original au crayon. Il n’est pas nécessaire de faire entrer dessin, affiche du congrès et estampe de collectionneur dans une seule technique. [4]

La signature en bas à droite constitue un autre piège. Un exemplaire imprimé peut montrer le nom de Picasso et « 21.4.58 » à l’intérieur de l’image. Certains exemplaires particuliers portent une seconde signature au crayon dans la marge, selon les catalogues de vente. Ce sont deux caractéristiques distinctes. Voir le nom inscrit dans l’image d’un JPEG ne prouve pas que la feuille photographiée ait été signée à la main séparément, numérotée ou authentifiée. L’affirmation d’un vendeur sur le tirage doit être vérifiée sur la feuille, ses marges et des documents fiables, et non déduite du motif familier du bouquet. [4]

Cette distinction change aussi la façon de parler des dimensions. Les musées du Michigan et de La Haye publient des mesures différentes pour les exemplaires imprimés qu’ils possèdent. Artcurial et Neumeister décrivent encore d’autres impressions particulières. Ces mesures ne constituent pas un désaccord sur une seule image unique ; elles appartiennent à des objets imprimés et formats spécifiques. Une affiche avec un bloc de texte en bas, une feuille sans texte et une notice photographique du dessin n’ont pas les mêmes limites matérielles. [2] [4]

Le titre et le sens d’un don

« Bouquet of Flowers » est un titre anglais pratique pour retrouver l’image, mais ce n’est pas le seul nom employé. Le titre d’archives parisien Fleurs et mains met mains et fleurs sur le même plan. Des notices imprimées et commerciales utilisent aussi « Hands with Flowers », Mains aux fleurs, La Paix (mains et bouquet de fleurs) et « Bouquet of Peace ». Certains produits ultérieurs parlent d’un bouquet de l’amitié. Ce sont des titres attribués à un motif reconnaissable et à ses dérivés, non des preuves que Picasso renomma officiellement le dessin chaque fois qu’il fut reproduit. [1] [2] [4]

Sa fonction publique aide à comprendre pourquoi tant de titres contiennent le mot « paix ». Les fleurs ne sont ni une nature morte composée pour une contemplation privée ni un bouquet tenu par le modèle d’un portrait. Elles se trouvent entre deux personnes invisibles dans une composition destinée à circuler pour un rassemblement pacifiste. L’échange constitue l’action ; la couleur invite à le remarquer. Les spectateurs peuvent y lire l’amitié, la générosité ou la réconciliation. Ces interprétations sont plausibles, mais aucune déclaration conservée dans les archives citées ici ne fixe pour Picasso un sens symbolique précis à chaque fleur ou à chaque main. [3]

L’image reste efficace parce que son message politique est assez ouvert pour voyager. Les mains ne portent ni uniforme ni drapeau national. Leurs contours se rencontrent au niveau des tiges et non d’une frontière, et le bouquet sert de centre partagé même lorsqu’une estampe est détachée du texte du congrès d’origine. Cette ouverture rend aussi l’œuvre vulnérable aux simplifications. Elle ne doit pas être décrite comme une image enfantine intemporelle ayant flotté loin de la politique de 1958. Chaque reproduction joyeuse ne doit pas non plus être traitée comme un original signé de Picasso. [3]

Ensemble, les traces matérielles et le motif racontent une histoire plus intéressante. Un dessin aux crayons de couleur daté fut adapté pour une campagne publique. Affiches et feuilles ultérieures le diffusèrent bien au-delà de la page originale. Les musées conservent aujourd’hui à la fois les preuves d’archives du dessin et des versions imprimées particulières. Les deux mains continuent à se rejoindre dans l’espace blanc ; savoir quel objet l’on regarde permet à ce geste visuel direct de garder sa force sans sacrifier l’exactitude historique. [1] [2] [3]

Discussion

Appuyez-vous sur les sources et sur votre propre observation pour expliquer votre point de vue. Il s’agit de questions éditoriales, et non de commentaires de lecteurs.

Pistes de réflexion

Observation attentive

Les deux mains montrent-elles clairement un don, une réception ou un geste moins défini ?

Contexte

Comment le congrès pour la paix de 1958 modifie-t-il le sens public de l’image ?

Question ouverte

Quel titre appartient à la notice d’origine, et lesquels ont circulé plus tard ?

Participez à la discussion

Quelle interprétation correspond le mieux aux preuves ?

Références

  1. Musée national Picasso-Paris, photographie d’archives de Fleurs et mains ; chronologie de Picasso
  2. University of Michigan Museum of Art, estampe de 1958 ; Kunstmuseum Den Haag, reproduction d’après le dessin
  3. Enquête du gouvernement suédois sur le congrès de Stockholm de 1958 ; Kunstmuseum Pablo Picasso de Münster, projet d’affiche
  4. Artcurial, catalogue d’une estampe offset sans texte ; Neumeister, catalogue d’une estampe apparentée

Crédits des images

  1. Gustave Courbet. Domaine public. Source : Wikimedia Commons. Redimensionné à 1 024 px, sans recadrage. Notice de la source. Licence.